Le marché de la pièce auto : les nouveaux enjeux

Le prolétariat doit défendre les retraites, les Roms, les jeunes de banlieue ! (Septembre 2010)

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Le Bolchévik nº 193 Septembre 2010
Comment PS et PC, NPA et LO capitulent aux campagnes racistes que mène Sarkozy pour diviser la classe ouvrière
2 septembre – La crise économique mondiale entre maintenant dans sa troisième année. C’est la crise économique la plus grave depuis celle de 1929, avec des conséquences dévastatrices pour les travailleurs dans le monde entier. L’impérialisme français, pour tenir le coup face à son rival allemand plus performant, doit détruire en masse les acquis ouvriers (voir l’article de nos camarades allemands en dernière page de ce journal). Le gouvernement, qui doit mener contre la classe ouvrière l’une des attaques majeures de la mandature, la mise en pièces du système de retraites, s’est lancé dans une fuite en avant sécuritaire raciste pendant l’été : mise en état de siège permanent de cités ouvrières tout entières comme le quartier de la Villeneuve à Grenoble, criminalisation de toutes les communautés de gens du voyage et Roms, avec expulsions massives à la clé vers la Roumanie, campagne pour réviser le droit de la nationalité.
Comme souvent, le gouvernement a agité comme bête noire un réactionnaire islamiste peu susceptible de susciter la sympathie des travailleurs et des femmes, un certain Liès Hebbadj, pour menacer de déchéance de nationalité, et donc potentiellement d’expulsion du territoire, toute personne « d’origine étrangère » polygame, qui aurait « attenté à la vie d’un policier », ou plus vaguement qui aurait commis des actes de délinquance graves. Le récent procès de Villiers-le-Bel montre que n’importe quel jeune de banlieue avec la « mauvaise » couleur de peau qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment peut se retrouver derrière les barreaux pour des années (voir la déclaration du Comité de défense sociale page 2). Demain cela pourrait faciliter l’expulsion de nombreux jeunes vers le pays d’origine de leurs parents, dont ils ne parlent aucune langue et où ils n’ont peut-être même jamais mis les pieds. Cela représenterait aussi une menace directe contre les militants syndicaux d’origine maghrébine et africaine qui oseraient défendre leur piquet de grève contre une brutale attaque de flics.
Le mouvement ouvrier doit combattre en bloc et repousser les campagnes racistes du gouvernement, que les victimes fassent ou non elles-mêmes partie de la classe ouvrière. Le poison du racisme est l’une des principales armes de la bourgeoisie et de ses lieutenants sociaux-démocrates dans la classe ouvrière pour attaquer le mouvement ouvrier en le divisant selon des lignes ethniques, raciales et religieuses, selon le vieux principe « diviser pour mieux régner ».
La lutte contre la terreur raciste du gouvernement est non seulement indispensable à l’autodéfense du mouvement ouvrier, elle est nécessaire pour que la classe ouvrière dépasse le cadre étroit de ses luttes économiques. La lutte économique a pour objet de défendre ou augmenter les salaires directs ou indirects perçus par les travailleurs ; il s’agit de préserver ou augmenter la part revenant aux travailleurs de la plus-value qu’ils ont eux-mêmes intégralement créée par leur travail ; la lutte économique, quoique nécessaire, reste donc dans le cadre du système capitaliste. Les réformistes cherchent constamment à limiter la perspective des travailleurs à ces luttes économiques. Ils ne cessent de parler de « diversion » à propos des attaques racistes du gouvernement. Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), a ainsi déclaré (l’Humanité, 25 août) : « le vrai piège serait de faire la rentrée sur l’insécurité, alors que la question numéro un, c’est l’insécurité sociale et la délinquance financière, à laquelle on ne s’attaque pas ».
Loin de simplement considérer ces attaques racistes comme « la vieille recette de la diversion » (titre de Tout est à nous, le journal du NPA, le 29 juillet), la classe ouvrière doit riposter de front, prenant la tête de toutes les luttes contre l’oppression pour rallier derrière elle les opprimés dans une lutte générale pour renverser le capitalisme tout entier. Il faut forger, dans les luttes des ouvriers et des opprimés, le parti ouvrier révolutionnaire multiracial et multiethnique dont a besoin la classe ouvrière pour mener à bien une révolution socialiste victorieuse, comme la Révolution russe de 1917, la première révolution ouvrière victorieuse qui renversa la dictature du capital et instaura celle du prolétariat. La Ligue trotskyste représente le noyau dont émergera un tel parti, modelé sur le parti bolchévique de Lénine. Comme l’écrivait celui-ci 15 ans avant 1917 :
« Tout secrétaire de trade-union [syndicat] mène et aide à mener la “lutte économique contre le patronat et le gouvernement”. Et l’on ne saurait trop insister que ce n’est pas encore là du social-démocratisme [comme on appelait à l’époque le marxisme révolutionnaire] ; que le social-démocrate ne doit pas avoir pour idéal le secrétaire de trade-union, mais le tribun populaire sachant réagir contre toute manifestation d’arbitraire et d’oppression, où qu’elle se produise, quelle que soit la classe ou la couche sociale qui ait à en souffrir, sachant généraliser tous ces faits pour en composer un tableau d’ensemble de la violence policière et de l’exploitation capitaliste, sachant profiter de la moindre occasion pour exposer devant tous ses convictions socialistes et ses revendications démocratiques, pour expliquer à tous et à chacun la portée historique de la lutte émancipatrice du prolétariat. »
– Que faire ?
Pour une lutte de classe contre le démantèlement des retraites !
Les bureaucraties syndicales se sont jusqu’à présent contentées d’appeler à une journée d’action le 7 septembre. Mais il n’est pas dit qu’elles parviendront à éviter ainsi une lutte de classe de grande ampleur, tant la colère des travailleurs est grande contre ce gouvernement et ses attaques. Les bureaucrates, eux, sont convaincus que les travailleurs devront faire des sacrifices : la CGT est depuis le printemps prête à accepter une augmentation des cotisations retraite des salariés, c’est-à-dire une diminution des salaires (voir les déclarations d’Eric Aubin, responsable du dossier retraites à la CGT au monde.fr le 4 mai, disponible sur le site de la CGT). Quant à la CFDT, elle a accepté lors de son congrès de juin l’augmentation de la durée de cotisation, c’est-à-dire une diminution des retraites (le Monde, 12 juin).
FO et SUD se sont prononcés pour le retrait pur et simple du projet, le SUD ayant déposé un préavis de grève illimitée à partir du 7 septembre à la RATP, un secteur où il est faiblement représenté. FO et SUD cherchent à se donner un profil plus combatif à un moment où les nouvelles règles de représentativité syndicale menacent dans de nombreux cas d’éliminer ces deux fédérations, au profit de la CGT et de la CFDT, de la course aux mandats électoraux et aux subsides patronaux et gouvernementaux qui leur sont associés.
Lors de la grève de novembre 2007 en défense des retraites à la SNCF, où SUD est beaucoup mieux implanté, SUD-Rail avait en réalité pour objectif principal d’être reconnu comme un « partenaire social » à part entière. Dès le premier jour de la grève, SUD-Rail avait déclaré que « le but n’est pas de s’installer dans la grève mais de donner un message fort au gouvernement » (le Monde, 14 novembre 2007). Pourtant les cheminots ont poursuivi héroïquement la grève pendant près de dix jours, face à une violente campagne anti-grève du gouvernement et de la bourgeoisie. Comme nous le soulignions dans notre article « Collaboration de classes et trahison de la grève des cheminots par la bureaucratie syndicale » (supplément au Bolchévik n° 182, mars 2008) : « tandis que dans les AG les petits bureaucrates de SUD parlaient de continuer la grève, leurs dirigeants magouillaient avec les patrons et le gouvernement en faisant des propositions sur “le cadrage de la réforme”, c’est-à-dire acceptaient le principe de l’attaque contre les retraites. »
Les syndicats sont l’organisation élémentaire de défense des travailleurs contre leurs patrons. Mais, notamment en France, ils n’organisent qu’une petite fraction de la classe ouvrière, essentiellement dans les grandes entreprises, le secteur semi-public et le secteur public. Ce sont des secteurs où il reste encore des acquis des luttes passées, qui sont aujourd’hui dans le collimateur des capitalistes déchaînés dans leur soif de profit depuis la contre-révolution capitaliste en Union soviétique il y a près de 20 ans.
Les dirigeants syndicaux s’appuient sur une mince couche de travailleurs relativement privilégiés, qui du coup identifient faussement leurs intérêts à ceux des capitalistes. Près de 30 % des membres de la CGT seraient aujourd’hui dans la catégorie des ingénieurs, techniciens et cadres. La bureaucratie syndicale tire de plus en plus ses revenus, ses permanents syndicaux, ses sinécures dans des organes de gestion et de consultation divers, des subventions directes des patrons et de l’Etat capitaliste lui-même. Qui paie les violons choisit la musique : les bureaucrates se préoccupent moins de recruter de nouveaux militants et de ramasser leurs cotisations que d’obtenir des voix aux élections organisées par les patrons, sur la base desquelles sont répartis les subsides capitalistes. Aussi dans les journées d’action contre les attaques gouvernementales, loin de chercher à organiser de véritables grèves qui bloquent la production, ils se contentent de faire du chiffre dans la rue, pour monnayer le nombre de manifestants comptabilisés contre quelques concessions à la table de négociations.
Il faut lutter pour syndiquer les non-syndiqués, c’est-à-dire notamment les intérimaires, CDD, sous-traitants et autres travailleurs à statut précaire, qui sont en majorité des femmes, des immigrés avec ou sans papiers, des jeunes de banlieue. Cela implique de lutter contre les discriminations qui frappent ces couches de travailleurs. Pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici ! Pour rompre avec la politique de collaboration de classes des bureaucrates où chaque appareil syndical brise alternativement la grève appelée par l’autre, il faut lutter pour une direction révolutionnaire des syndicats, à la tête de véritables syndicats industriels, c’est-à-dire regroupant tous les travailleurs d’une même industrie dans un seul syndicat.
Le « front populaire » : une alliance avec la bourgeoisie qui enchaîne la classe ouvrière
Cette perspective pose la nécessité d’un programme politique révolutionnaire, et donc d’une lutte politique contre les organisations réformistes qui représentent un obstacle à la prise de conscience révolutionnaire du prolétariat et qui cherchent inlassablement à canaliser les luttes vers les prochaines élections. A un an et demi des élections présidentielles, le Parti socialiste (PS) est en train de se positionner pour reprendre des mains de Sarkozy le flambeau du gouvernement capitaliste. Les dernières élections régionales ont tracé les contours d’un nouveau « front populaire », c’est-à-dire une nouvelle alliance de collaboration de classes entre les Verts (un parti totalement bourgeois), le Parti socialiste et le Front de gauche ; ce dernier est constitué d’un bloc du PCF, du Parti de gauche (PG), lui-même issu du PS avec le renfort notamment de bourgeois républicains de type chevènementiste, et de quelques groupuscules petits-bourgeois. PS, PCF, PG ont un programme bourgeois de gestion du capitalisme, une direction complètement dédiée à l’ordre bourgeois, mais ils conservent des liens avec la classe ouvrière à travers la bureaucratie syndicale et continuent à prétendre, plus ou moins, qu’ils défendent les intérêts des travailleurs contre les riches capitalistes.
Depuis 100 ans en France les réformistes qui dirigent le mouvement ouvrier ont maintes fois pris part à la gestion de l’appareil d’Etat capitaliste, donc inévitablement contre les travailleurs. Ils ne l’ont jamais fait de façon indépendante : ils l’ont toujours fait dans le cadre d’un « front populaire », en alliance avec des partenaires ouvertement bourgeois, ce qui leur permettait à la fois vis-à-vis de la bourgeoisie de garantir qu’ils n’allaient jamais transgresser les intérêts bien compris de la classe capitaliste, et vis-à-vis de leur base ouvrière de prétendre que leurs mesures anti-ouvrières étaient dues aux vicissitudes de l’alliance avec ces bourgeois « progressistes ».
Ces alliances, du fait qu’elles enchaînent la classe ouvrière à l’ennemi de classe, conduisent toujours à la défaite pour les travailleurs, et c’est pourquoi nous nous y opposons par principe. Dans les meetings du Front de gauche au contraire, les orateurs se succèdent pour revendiquer un nouveau front populaire (voir par exemple l’Humanité du 9 juin) en se référant à Juin 36. Mais justement en Juin 36 il y avait la possibilité d’une révolution ouvrière. Les staliniens du PCF, loin de créer des conseils ouvriers (soviets) pour préparer la prise du pouvoir prolétarien comme en 1917 en Russie, mirent en avant la nécessité de ne pas effrayer leurs alliés radicaux dans le Front populaire et canalisèrent la grève générale vers quelques réformes votées au parlement ; ils firent retourner les ouvriers au travail et les démoralisèrent petit à petit, au fur et à mesure que les quelques acquis de la grève étaient remis en cause et qu’approchait la guerre. Le parlement du Front populaire (moins les députés du PCF, qui avait été interdit lors de la déclaration de guerre) finit par voter les pleins pouvoirs à Pétain.
Que ce soit un gouvernement capitaliste de droite réactionnaire ou que ce soit un gouvernement capitaliste de gauche, son boulot est nécessairement de cogner sur les travailleurs. Le bilan des sociaux-démocrates sur la question des retraites est particulièrement lourd. La première grande attaque contre les retraites en 1993, après le retour de la droite, avait été d’abord formulée en 1991 dans le « livre blanc » du gouvernement PS de Mitterrand-Rocard ; la droite revenue au pouvoir n’avait fait que mettre en œuvre ce que la gauche avait mis dans les cartons gouvernementaux. Puis en 1999, sous le gouvernement PS-PCF-Verts de Jospin-Buffet, c’est le rapport Charpin qui avait annoncé le report de l’âge de départ à la retraite allant jusque 65 ans et l’allongement de la durée de cotisation jusqu’à 42 ans et demi, des propositions encore plus drastiques que l’actuel plan de Sarkozy-Woerth ! Jospin avait reculé devant les protestations ; il voulait attendre d’être élu président pour mettre en œuvre le rapport Charpin ; c’est la droite qui l’a ensuite mis en œuvre après 2002, en deux temps : 2003 puis aujourd’hui.
C’est dire qu’il n’y a rien à attendre d’un gouvernement de front populaire en 2012, alors que les réformistes se mettent déjà à chercher à canaliser les luttes vers le « battre Sarkozy ». Le PS accepte ainsi aujourd’hui un allongement de la durée de cotisation, c’est-à-dire un abaissement du montant des retraites à durée de travail égale. C’est dire aussi le cynisme des organisations à gauche du PS qui ces jours-ci parlent de faire l’unité avec ce même PS en manipulant l’aspiration légitime à l’unité ouvrière dans la lutte pour faire reculer le gouvernement. Besancenot s’adressait ainsi au PS (l’Humanité, 9 juin) : « Les conneries, ça suffit, on y va ensemble […], en parlant d’une seule voix et sans trembler, pour la retraite à soixante ans et à taux plein ! »
PCF ou NPA reparlent du CPE comme d’un modèle de lutte qui avait fait reculer le gouvernement. Il est vrai que la mobilisation ouvrière avait forcé le gouvernement à retirer cette attaque début 2006. Mais, un an plus tard, toute la gauche, y compris la LCR (prédécesseur du NPA de Besancenot) et Lutte ouvrière (LO), appelait à « battre Sarkozy », c’est-à-dire voter Ségolène Royal du PS. Ces organisations n’ont au fond aucune autre perspective politique à proposer qu’une nouvelle mouture du front populaire, car toute leur vision du monde est fermement limitée par le cadre du capitalisme. Ils veulent simplement un front populaire « de combat », surfant sur une mobilisation ouvrière (type Juin 36 ou CPE), mais avec le même résultat : que les partis ouvriers prennent part à la gestion du capitalisme. Besancenot soulignait à l’université d’été du NPA le 27 août : « l’issue des retraites ne se joue pas en 2012 mais, en revanche, beaucoup de l’issue de 2012 se joue dans la bataille des retraites. C’est maintenant qu’il faut affaiblir le gouvernement et la droite » (Tout est à nous, 2 septembre).
Verts, PS, PC, PG, NPA, LO : le nouveau front populaire républicain-sécuritaire
Dans toute l’Europe la bourgeoisie et les réformistes poussent le protectionnisme et le nationalisme, dressant les travailleurs derrière leur propre bourgeoisie et contre leurs frères de classe dans les autres pays de l’Union européenne et au-delà (voir l’article de nos camarades britanniques sur la grève réactionnaire de Lindsey, reproduit dans le Bolchévik n° 188). Sarkozy a ainsi mis en place avec la pleine participation de la bureaucratie syndicale des « états généraux de l’automobile » début 2009 ; il s’agissait de promettre des milliards aux grands patrons de l’automobile à condition que ne soient fermées des usines qu’à l’étranger – autrement dit, en promettant de sauver la production des trusts français (et surtout leurs profits), avec des travailleurs français. Comme le faisait remarquer l’un de nos camarades lors du grand meeting de LO sur l’automobile lors de sa dernière fête en mai dernier (malgré les vociférations des « démocrates » de LO pour faire taire notre intervenant) :
« LO a écrit à l’époque plusieurs articles sur ces états généraux mais pas un seul ne s’est opposé à ce poison chauvin qui pénètre ainsi dans les consciences des ouvriers, en particulier de l’automobile […]. En fait, c’est pour mieux défendre la politique de ses propres camarades dans les directions syndicales qui servent au final la politique de la bourgeoisie. »
Vu la capitulation des réformistes, voire leur participation active (PCF) aux campagnes protectionnistes, leur réaction n’est nullement surprenante face au déchaînement raciste du gouvernement cet été. La gauche s’est livrée à un véritable exercice de légitimation de l’offensive sécuritaire du gouvernement en dénonçant celui-ci pour avoir réduit le nombre de flics (voir par exemple l’Humanité du 16 août). Pour eux, le problème de la politique sécuritaire du gouvernement, c’est qu’elle est inefficace et ne tient pas ses promesses.
Lutte ouvrière, qui a dénoncé les déclarations du PS que la « sécurité » était bien la première des « libertés républicaines » (Lutte Ouvrière, 20 août), n’en a pas moins profité pour prendre une nouvelle fois la défense des maires de gauche, déclarant que la délinquance aurait plus baissé à Lille, dont Martine Aubry, chef du PS, est maire, qu’à Nice, dont le maire est le ministre Estrosi (ibid.) Elle a aussi mentionné positivement le maire PS de Grenoble, qui a augmenté de 41 % les effectifs de la police municipale alors que ceux de la police nationale baissaient de 17 % (ibid.)
LO, tout en se plaignant que les maires de droite et de gauche « disposent des mêmes moyens de lutte réelle contre l’insécurité, c’est-à-dire d’à peu près aucun » (ibid.), contribue à sa mesure à l’arsenal répressif des villes quand elle fait partie de la majorité, en votant régulièrement des budgets qui incluent la vidéo-surveillance, la police municipale, etc. Ils ont même voté le budget de la municipalité PCF de Bagnolet quelques semaines à peine après l’attaque à la tractopelle menée le 10 février dernier par le maire contre un squat de travailleurs africains, une opération raciste conduite bien entendu au nom de la « sécurité » contre des soi-disant trafiquants, dealers et proxénètes (voir notre article paru dans le Bolchévik n° 192) ! Le discours occasionnel de LO sur le communisme révolutionnaire et l’internationalisme n’est qu’une décoration superficielle pour une pratique totalement réformiste.
La police, qu’elle soit municipale ou nationale, a pour fonction le maintien de l’ordre bourgeois par la violence. Toutes les campagnes sécuritaires ont pour objet de renforcer l’arsenal répressif, qui vise les opprimés et en dernier ressort la classe ouvrière. L’Etat, ce sont au fond des bandes d’hommes armés dont la fonction est d’empêcher toute révolte des opprimés et, au bout du compte, de mater la lutte révolutionnaire du prolétariat pour renverser ce système. C’est pourquoi on ne peut réformer l’Etat pour qu’il serve les intérêts des travailleurs, il devra être détruit au cours d’une révolution ouvrière.
La gauche a beau se plaindre que Sarkozy fasse le jeu du Front national de Le Pen, dont les sondages indiquent effectivement une montée considérable dans l’opinion, la gauche légitime elle-même le discours sécuritaire des fascistes qui affirment être les seuls à avoir un programme réellement efficace pour la sécurité. Pour le moment, les fascistes sont en France un phénomène essentiellement électoral. Sur le fond, le fascisme, ce sont des troupes de choc basées sur la petite bourgeoisie ruinée et enragée par la crise économique, mobilisées par le capital pour écraser le mouvement ouvrier. Si la crise continue à s’aggraver et que surgissait une montée révolutionnaire dans la classe ouvrière, la bourgeoisie impérialiste décadente, y compris celle des « droits de l’homme » issue des Lumières, n’hésiterait pas une seconde à déchaîner cette racaille barbare pour sauver sa dictature sur la classe ouvrière.
Un programme de transition vers la révolution socialiste
Le NPA a tenu un grand meeting européen à Paris le 15 juin qui a bien montré la banqueroute des sociaux-démocrates de gauche dans toute l’Europe. Chacun y allait de sa petite recette (généralement une petite mesure fiscale) pour soi-disant résorber la crise de la dette des Etats et/ou sauver les retraites : taxation des transactions financières et abolition des paradis fiscaux, taxation du capital, nationalisation des banques sous contrôle démocratique des travailleurs, etc.
Pour tous ces gens-là il suffit de quelques mobilisations des travailleurs pour faire pression sur les capitalistes jusqu’à ce qu’ils lâchent une ou deux mesurettes qui feront l’affaire. Au fond Lutte ouvrière a la même perspective aussi, centrée sur le fait que l’espérance de vie a augmenté moins vite que la productivité du travail depuis la Deuxième Guerre mondiale et qu’il suffirait donc d’allouer une petite partie de l’augmentation de la productivité pour permettre de « partir à la retraite bien avant 60 ans […]. Raison de plus pour être nombreux dans la rue le 7 septembre » (Lutte Ouvrière, 13 août).
Les mesures proposées par la gauche contre les attaques du gouvernement font l’effet d’une goutte d’eau à un moment où le gouvernement essaie de parachever la destruction des acquis chèrement arrachés par la classe ouvrière depuis 50 ans. Le système capitaliste n’a pas pour objet de mettre à la disposition du peuple les objets et services dont il a besoin ; il fonctionne uniquement pour le profit, accaparé par les capitalistes sur la base de leurs titres de propriété sur les moyens de production. Si le capitaliste ne licencie pas ou ne réduit pas les salaires ou les retraites, son taux de profit reculera au point qu’il perdra la confiance des marchés financiers, etc. ; le capitaliste jurera qu’il n’agit pas le moins du monde par misanthropie, d’ailleurs lui-même participe de sa poche aux œuvres de charité de l’église locale et du comité d’entreprise, mais que s’il n’attaque pas les travailleurs c’est toute l’entreprise qui fera faillite.
Le système capitaliste aujourd’hui refuse même la retraite à des travailleurs qui sont depuis longtemps usés jusqu’au bout par une vie d’exploitation. Et il démantèle le système de santé en le rendant inabordable aux travailleurs, financièrement et même physiquement avec les fermetures massives d’établissements hospitaliers et la diminution du nombre de médecins. Pour assurer sa survie, la classe ouvrière doit avancer toute une série de revendications comme le partage du travail entre toutes les mains valides, donc avec diminution du temps de travail et de l’âge de la retraite, sans perte de salaire. Il faut des investissements massifs dans le système de santé, y compris l’embauche de milliers d’infirmières et autres personnels indispensables à des soins gratuits et de qualité, accessibles à tous. Les femmes sont parmi les premières victimes de la crise et des attaques contre les retraites et la santé ; il faut en particulier rouvrir les centaines de maternités et de centres d’IVG qui ont été fermés ces dernières années, et en créer de nouveaux dans les quartiers ouvriers !
Ce n’est là qu’une petite partie de toute une série de revendications indispensables à la classe ouvrière. Les capitalistes diront qu’ils sont incapables de les satisfaire. Eh bien, comme le disait le révolutionnaire russe Léon Trotsky, que ce système périsse ! Le Programme de transition trotskyste, formé d’un ensemble de telles revendications, a pour objectif non pas d’adresser des suppliques auprès du parlement ou du gouvernement capitaliste, mais de montrer à la classe ouvrière la nécessité d’airain de renverser tout ce système par la révolution socialiste et l’établissement d’une économie nationalisée et planifiée, et de montrer la voie dans cette direction. Comme le montrent nos camarades allemands dans l’article en dernière page de ce numéro, cette lutte doit être indissolublement liée à une perspective internationaliste, pour les Etats-Unis socialistes d’Europe.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/193/defendre.html
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Le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes des banlieues (2005)

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Le Bolchévik nº 174 Décembre 2005
PCF : grands discours « antiracistes », avances au PS pro-répressionn - Le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes des banlieues - Non à un nouveau « front populaire » de collaboration de classes maintenant l’ordre capitaliste !
La plus importante révolte de jeunes à ce jour dans les quartiers ouvriers et immigrés de ce pays s’est finalement épuisée mi-novembre. Les flics ont arrêté des milliers de personnes, et les tribunaux fonctionnaient nuit et jour, condamnant jusqu’à présent environ 700 jeunes à des peines de prison ferme. Libération immédiate de tous les jeunes emprisonnés ! A bas l’état d’urgence raciste ! En plus de l’état d’urgence, le gouvernement capitaliste a annoncé qu’il va mettre en œuvre une série d’autres mesures qui existent déjà dans la loi « ordinaire », comme la destitution de la nationalité française de citoyens binationaux ; cela vise notamment les Algériens et cela peut paver la voie à des déportations en masse. A bas les déportations ! Pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici !
La crise éclaire d’une lumière crue l’oppression et la discrimination racistes visant les jeunes des banlieues qui sont pour la plupart les enfants et les petits-enfants d’immigrants qui sont venus dans ce pays dans les années 1960 et 1970 en provenance de l’ancien empire colonial de la France, surtout d’Afrique du Nord et plus tard d’Afrique de l’Ouest. Et depuis cette époque les gouvernements qui se succèdent, de droite comme de gauche, ont ancré la ségrégation raciste dans la société, condamnant cette population dans son ensemble à des ghettos pourris à la lisière des villes manquant de toutes les prestations élémentaires – une éducation, des services de santé, des transports et des logements décents.
Toutes les statistiques officielles montrent une différence qualitative entre les conditions sociales des immigrants venant de l’Union européenne (UE), dont le taux de chômage est même plus faible que celui des jeunes Français blancs, et celles des jeunes nés citoyens d’un pays hors de l’UE. Pour ces derniers jeunes qui vivent dans les ghettos (les « zones urbaines sensibles »), le taux de chômage était de 48,4 % à l’époque du dernier recensement en 1999 (c’est-à-dire pratiquement au point haut de la dernière reprise économique). Le dernier « plan » du gouvernement contre le chômage consiste centralement avec le « contrat nouvelle embauche » à rendre ces travailleurs encore plus vulnérables aux licenciements ainsi qu’à couper les allocations de chômage à ceux qui refusent un travail à des heures de distance du logement.
Un jeune Français sur neuf termine l’école sans aucune qualification ni aucun diplôme, mais cette proportion se monte à un sur six pour ceux nés de parents maghrébins, et 28,3 % pour les jeunes immigrants de première génération venant du Maghreb. Et là la réponse du gouvernement est de carrément jeter ces jeunes hors de l’école, ce qui fait de la France le seul pays en Europe, avec la Serbie, où l’école ne sera plus obligatoire jusqu’à au moins 15 ans. La bourgeoisie ne souhaite pas payer pour leur éducation ; ils ont déjà établi que si ces jeunes s’en sortent, pour la majorité ils seront mis au rebut pour rejoindre les rangs de l’armée de réserve des chômeurs.
En termes de logement le gouvernement reconnaît une crise, citant un déficit officiel de 600 000 HLM. Et de plus en plus les personnes à la peau plus foncée se tournent vers le logement social parce que même quand ils peuvent se payer un loyer sur le marché libre, ils sont souvent rejetés par les propriétaires racistes (une chose qui se produit aussi avec les sociétés de logement social, dont les patrons politiques ne s’intéressent pas aux étrangers qui ne votent pas). A quoi la réponse du gouvernement est d’accélérer encore plus la destruction des logements sociaux et de faire au lieu de cela la promotion de l’accession à la propriété. Un tel projet continuera à renforcer la ségrégation raciale – c’est en général ceux dont la peau est assez blanche ou dont le nom est assez « français » qui obtiendront les prêts bancaires nécessaires.
Une mesure plus contradictoire que met en place le gouvernement en réponse à la révolte des jeunes est de réinstaurer une partie des subventions qu’ils avaient coupées pour le travail social dans les ghettos. Les gaullistes et les sociaux-démocrates ont jeté depuis des années quelques miettes aux associations et même aux imams, qui en échange sont censés repayer leur mécène en agissant comme « pompiers sociaux » – calmer les jeunes et les amener à protester, s’il le faut, de façon pacifique dans les urnes, ou prier pour le réconfort dans un autre monde au lieu de celui-ci. Certaines associations, comme Ni putes ni soumises, malgré leur nom, se plient à ce jeu – se drapant des couleurs tricolores, saluant les valeurs républicaines contre les femmes voilées et demandant plus d’intervention policière dans les ghettos.
Comme nous l’écrivions dans un article publié dans Spartacist (édition française n° 35, printemps 2003) :
« En fonction de ses besoins économiques, l’impérialisme importe dans le prolétariat, au plus bas de l’échelle, de nouvelles sources de main-d’œuvre bon marché, essentiellement des immigrés venant des régions du monde les plus pauvres et dont on considère qu’on peut plus facilement se débarrasser en période de récession économique. »
Et nous écrivions qu’aujourd’hui :
« Les enfants de ceux qui ont créé la richesse de la France dans l’après-guerre n’ont plus la possibilité de trouver des emplois comme leurs pères, qui étaient pourtant la main-d’œuvre la plus exploitée et la moins payée. Les usines où les pères immigrés travaillaient sont maintenant fermées ou licencient. Les jeunes issus de l’immigration sont traités comme une population superflue dont la bourgeoisie n’a plus besoin. La bourgeoisie n’a plus la possibilité de faire des gros profits avec l’exploitation économique de ces jeunes et n’est donc pas motivée pour investir de l’argent dans les écoles et dans les banlieues populaires. La seule “industrie” en expansion, c’est la police et les prisons. »
Pour des mobilisations ouvrières contre la terreur raciste !
Il est dans l’intérêt de tout le mouvement ouvrier de s’opposer de toutes ses forces à la discrimination et aux attaques contre les jeunes des ghettos, et de lutter pour la libération immédiate de ceux qui sont encore emprisonnés. Ces attaques visent directement toute une partie de la classe ouvrière, pour l’essentiel les travailleurs originaires d’Afrique du Nord et de l’Ouest et leurs enfants, qui malgré la désindustrialisation massive du pays sont toujours présents au cœur de l’industrie française, surtout dans des postes non qualifiés. L’oppression raciste et la stigmatisation des jeunes des banlieues par la bourgeoisie visent à diviser la classe ouvrière et à l’affaiblir dans son ensemble, à un moment où le gouvernement redouble les attaques et les mesures de répression contre le prolétariat en général. Une attaque contre un est une attaque contre tous !
En l’espace d’à peine un mois, entre fin septembre et début novembre, de Villepin a eu recours au GIGN contre les marins de la SNCM, au plan raciste « antiterroriste » de Vigipirate pour casser une grève de bagagistes à Roissy, à une injonction anti-grève du tribunal de Marseille contre la grève des traminots, et à l’état d’urgence. Le gouvernement a ensuite prolongé l’état d’urgence de trois mois même si la révolte des jeunes avait été brisée, en partie parce qu’il voulait disposer de l’éventail de mesures répressives le plus large possible à la veille d’une grève reconductible à la SNCF (finalement il a pu compter sur les bureaucrates de la CGT et de SUD pour désamorcer la grève eux-mêmes).
Alors que les cités étaient sous occupation policière et que des centaines de jeunes étaient jetés en prison, la bureaucratie syndicale de la CGT a à peine fait une déclaration pour la forme, laissant les jeunes isolés face à toute la violence de l’Etat capitaliste – ses flics, ses juges, etc. Mais la classe ouvrière peut être mobilisée en défense des jeunes soumis à la terreur raciste de l’Etat bourgeois. Le 9 novembre à Bobigny dans le 9-3 une manifestation ouvrière départementale multiethnique, qui avait été appelée des semaines auparavant par les syndicats sur des revendications économiques, s’est focalisée contre les mesures policières racistes, montrant que dans le prolétariat de ce pays il y a un sentiment pour lutter contre l’oppression raciste.
Mohamed El Ghali, délégué CGT de la société de transport DHL, a par exemple reçu de vifs applaudissements quand il a de façon répétée dénoncé le couvre-feu et son origine dans la guerre d’Algérie ; tout en condamnant les dégradations faites par les jeunes, il appelait à comprendre les raisons de leur colère (voir l’Humanité, 10 novembre). Des travailleurs de chez Citroën à Aulnay établissaient aussi le lien entre le licenciement fin octobre de plus de 500 intérimaires, et l’explosion de révolte dans les cités de cette ville. Un autre délégué venant de la plate-forme aéroportuaire de Roissy (où travaille un frère de Bouna Traoré, l’un des jeunes tués à Clichy) a dénoncé les mesures « antiterroristes », qui ont depuis les attentats criminels du World Trade Center permis aux flics de retirer leur badge à beaucoup de jeunes travailleurs, notamment d’origine maghrébine, qui ont ainsi perdu leur travail. A bas Vigipirate ! Il faut un parti ouvrier révolutionnaire, un vrai « tribun du peuple », c’est-à-dire se faisant le héraut de la lutte contre toutes les formes de l’oppression et cherchant à transformer ces luttes en une lutte générale derrière la classe ouvrière pour renverser le système capitaliste dans une révolution socialiste.
Le PS à la traîne de Sarkozy, le PC à la traîne du PS…
Les jeunes, qui n’ont pas de puissance sociale par eux-mêmes, n’ont vu d’autre manière d’exprimer leur colère qu’en brûlant (à part des commissariats) des voitures d’ouvriers, des écoles et des gymnases, faisant du tort essentiellement à eux-mêmes et à leurs familles. Au lieu d’être mobilisés derrière une perspective révolutionnaire, c’est-à-dire de lutter contre l’oppression raciste du capitalisme à travers la seule force qui puisse renverser celui-ci, la classe ouvrière, les jeunes aujourd’hui identifient en grande partie le mouvement ouvrier au chauvinisme français des bureaucrates syndicaux et des partis réformistes, et du coup ils s’en détournent. Le PS et le PCF ont en effet dans les premiers jours de la révolte soutenu le rétablissement de l’ordre, ce qui a encouragé le gouvernement capitaliste à décréter l’état d’urgence. Les dirigeants du PS ont alors proposé au gouvernement de Villepin-Sarkozy un « pacte de non-agression » en échange de leur soutien initial à l’état d’urgence (le Figaro, 9 novembre), un maire PS allant jusqu’à exiger l’intervention de l’armée dans les quartiers. Le chef du PS, François Hollande, soutenait l’état d’urgence, de même que Jospin et que le champion du « non de gauche » à la « Constitution européenne », Laurent Fabius, qui déclarait : « Je ne reprocherai jamais à tel ou tel gouvernement de faire preuve de fermeté » (le Monde, 10 novembre). Fabius sait de quoi il parle : il était Premier ministre quand, le 12 janvier 1985, l’état d’urgence a été décrété en Nouvelle-Calédonie contre les nationalistes kanaks qui luttaient pour leur indépendance ; le même jour Eloi Machoro, dirigeant kanak, était assassiné par le GIGN.
Dans la foulée le PS a déclaré fin novembre son soutien global à la nouvelle loi « antiterroriste » de Sarkozy qui renforce le flicage des cafés internet, la multiplication des caméras de surveillance et systématise la menace de déchéance de la nationalité française (finalement le PS s’est abstenu lors du vote). La plupart du temps les personnes sont condamnées pour terrorisme sur la simple présomption qu’elles auraient des relations plus ou moins vagues avec des personnes plus ou moins soupçonnées d’avoir de plus ou moins « mauvaises pensées ».
Quant au Parti communiste, il s’est opposé à l’état d’urgence. Il publie tous les jours des tirades contre Sarkozy dans l’Humanité, fait campagne contre les déportations, reprend la question du droit de vote pour les immigrés (qui avait été enterrée sous le gouvernement Jospin, dont faisait partie le PC). Mais là où on peut voir que la lutte contre le racisme n’est pas une vraie question pour eux, c’est que, malgré les récentes prises de position dans le style « Parti de l’ordre » du PS, le PC est à nouveau en train de rassembler des soutiens pour le PS aux prochaines élections. Le prétexte pour la fable du PC selon laquelle le PS vient de faire un tournant à gauche, c’est le récent congrès du PS où la majorité, qui avait fait campagne pour un vote « oui » à la très anti-ouvrière « Constitution européenne », a fait la « synthèse » avec Fabius, l’homme de l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie ! Le PS a bien besoin d’un lifting en préparation des élections, mais la base politique de leur « synthèse » était en réalité le soutien à la politique de répression raciste du gouvernement. Cela annonce que tout gouvernement à venir de collaboration de classes incluant le PS (avec le PCF à l’intérieur de ce gouvernement ou en appui extérieur), pratiquerait le même genre d’austérité anti-ouvrière et de terreur raciste que le gouvernement actuel et que le gouvernement Jospin-Buffet de 1997-2002.
… et avec LO et LCR juste derrière
Et la LCR et LO servent simplement de couverture de gauche à une telle nouvelle alliance de « front populaire » entre les partis réformistes et des formations capitalistes comme les Verts, les Radicaux de gauche et les chevènementistes. Lors du meeting parisien contre la privatisation d’EDF du 8 novembre, jour du décret d’état d’urgence, Besancenot pour la LCR et Laguiller pour LO partageaient une tribune – sans dire un mot contre lui – avec le chevènementiste Georges Sarre… alors que Chevènement décrétait le couvre-feu à Belfort dont il est maire.
A la tribune il y avait aussi Frédéric Imbrecht, le chef bureaucrate de la CGT de l’Energie qui en 2004 a personnellement poignardé dans le dos la grève des électriciens contre la privatisation d’EDF. Mais Laguiller, loin de rappeler cette trahison, concluait simplement en souhaitant se retrouver avec ce genre de gens « côte à côte dans la mobilisation », rehaussant ainsi la réputation ternie parmi les ouvriers de bureaucrates comme Imbrecht (voir le discours de Laguiller ce soir-là reproduit dans Lutte Ouvrière, 11 novembre ; dans l’enregistrement sonore disponible sur le site internet de la LCR elle ajoute « tous ensemble »).
Laguiller s’est livrée à un discours sous-réformiste du type « ce serait à l’Etat d’assumer sa responsabilité » ; l’Etat bourgeois assume très bien sa responsabilité, qui est centralement de maintenir l’ordre bourgeois raciste. Laguiller a bien mis en avant une série de revendications comme des classes de 12 élèves, etc., ce qui est bel et bon, mais LO refuse de reconnaître l’oppression spécifique de ces jeunes en tant que descendants « non blancs » de peuples ex-coloniaux, traités comme des être humains inférieurs. LO fait le jeu de ces préjugés quand elle dit que ces jeunes n’ont pas appris « un minimum de langage permettant de comprendre un raisonnement », ni à lire assez correctement pour « pouv[oir] assimiler des textes un peu complexes » (Lutte Ouvrière, 11 novembre). Ce n’est pas très différent au niveau du paternalisme chauvin que les saillies de Chevènement contre les « sauvageons ».
Certains jeunes de la LCR se bercent d’illusions que la LCR, ou au moins Besancenot, refuserait par principe d’entrer dans un gouvernement capitaliste avec les « sociaux-libéraux » du PS. Ils font la sourde oreille aux déclarations de Besancenot à l’université d’été de la LCR qu’il est prêt à participer à un « nouveau pouvoir politique unitaire » qui gouvernerait (voir Rouge, le journal de la LCR, 1er septembre). Ils ne doivent pas lire non plus l’Humanité qui encore le 25 novembre rapportait les propos d’Agnès Jamain de la LCR que celle-ci était « prête à participer à un gouvernement ». Cela fait trois ans qu’un dirigeant de leur organisation brésilienne est ministre dans le gouvernement de Lula et continue à être le « camarade » de Besancenot. Ce n’est pas parce que le Brésil est un pays opprimé par l’impérialisme qu’il n’est pas capitaliste, avec un gouvernement capitaliste si « néolibéral » qu’il est applaudi comme élève modèle par le FMI pour son austérité anti-ouvrière.
Lula est tellement discrédité que la LCR a maintenant une nouvelle marotte, le régime populiste bourgeois de Hugo Chávez au Venezuela en butte à l’hostilité impérialiste des USA. Rouge (17 novembre) publie fièrement une photo de Besancenot en compagnie de Chávez, et François Sabado, le mentor de Besancenot, insiste que « Chávez est aujourd’hui un allié ». Un allié de la LCR peut-être, mais pas des jeunes des banlieues de France : dans le même numéro de Rouge quatre pages plus loin ils citent Chávez déclarant le 10 novembre « Nous condamnons cela » (la révolte des jeunes) et « nous exprimons notre solidarité au peuple français et au gouvernement français, qui est un gouvernement frère, un ami ». La LCR alliée de Chávez ami de Chirac… lui-même élu entre autres avec les voix de la LCR aux élections de mai 2002. Cela fait longtemps que la LCR franchit la ligne de classe et soutient directement la bourgeoisie quand une bonne occasion se présente.
La lutte contre le chômage
Fondamentalement la réponse des réformistes à l’explosion des jeunes contre la terreur raciste, c’est de « défendre les services publics ». Nous sommes effectivement contre les attaques visant les services publics et contre les privatisations, car elles représentent des attaques contre les travailleurs et les syndicats impliqués, et nous nous opposons aussi au démantèlement continu de l’« Etat-providence » depuis notamment la contre-révolution en Union soviétique (voir notre article page 5). Ce sont des attaques contre le niveau de vie de l’ensemble de la classe ouvrière. Mais les emplois des services publics sont réservés aux citoyens de l’Union européenne – A bas l’article 1 du statut de la Fonction publique qui officialise la discrimination raciste à l’embauche ! Mais même si on a des papiers français, avec un « mauvais » code postal ou un « mauvais » nom on se fait rejeter d’office.
Il faudrait une riposte ouvrière contre la discrimination raciste à l’embauche, dans le secteur public comme dans le secteur privé, ainsi que contre les coupes sombres dans la santé, l’éducation et les retraites. Il faudrait des embauches massives dans la construction et dans les transports pour rendre vivables les cités-ghettos (il n’y a même pas de gare à Clichy-sous-Bois !) Face au chômage massif qui frappe pratiquement la moitié de ces jeunes, nous luttons pour un programme incluant le partage du travail entre toutes les mains, avec réduction correspondante du temps de travail sans baisse de salaire. Mais ceux qui dirigent le mouvement ouvrier aujourd’hui, que ce soit la direction de partis comme le PC ou le PS ou la direction des syndicats, ne se battront jamais pour une telle perspective parce que leur programme est de collaborer avec la bourgeoisie, pour un gouvernement de front populaire afin d’administrer son système capitaliste.
Le capitalisme est incapable de fournir du travail à tout le monde ni de résoudre les besoins vitaux de la population. Il crée le chômage comme le soleil crée l’ombre, pour faire pression à la baisse sur les salaires et disposer d’un volant de réserve de main-d’œuvre qu’il peut aussi brandir pour menacer de remplacer les travailleurs qui feraient grève ou protesteraient. Les réformistes à la Lutte ouvrière revendiquent au contraire « l’interdiction des licenciements » ; ils enjolivent le capitalisme en laissant entendre qu’on pourrait liquider le chômage sans liquider tout le système capitaliste par une révolution ouvrière.
Etat d’urgence et démocratie bourgeoise
L’état d’urgence signifie la possibilité pour les flics de décréter toute une série de mesures d’arbitraire policier : couvre-feu, perquisitions de jour comme de nuit sans mandat judiciaire, fermeture de lieux de réunion, de salles de spectacles et même de bars, interdiction des meetings et rassemblements, censure de la presse et des cinémas, expulsions et assignations à résidence, etc. Cette loi a été votée en avril 1955 contre la lutte de libération nationale algérienne qui avait commencé quelques mois plus tôt. C’est tout un symbole que cette loi soit aujourd’hui mise en œuvre contre les enfants et les petits-enfants des travailleurs algériens qui le 17 octobre 1961 à Paris manifestaient pacifiquement contre le couvre-feu, et qui par centaines ont été tués par les flics. Le tract du 8 novembre de la LCR a pour titre « L’état d’urgence, un crime contre la démocratie ! » C’est le genre de boniment typique de réformistes qui enjolivent la démocratie bourgeoisie et se prosternent devant elle au lieu de profiter de l’occasion pour montrer que la démocratie bourgeoise c’est en réalité la démocratie seulement pour les bourgeois, et la dictature de la bourgeoisie contre les ouvriers. Le camarade Lénine écrivait en 1918 (la Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky) :
« Prenez les lois fondamentales des Etats contemporains, prenez leur administration, prenez la liberté de réunion ou de presse, prenez “l’égalité des citoyens devant la loi”, et vous verrez à chaque pas l’hypocrisie de la démocratie bourgeoise bien connue de tout ouvrier honnête et conscient. Il n’est point d’Etat, même le plus démocratique, qui n’ait dans sa Constitution des biais ou restrictions permettant à la bourgeoisie de lancer la troupe contre les ouvriers, de proclamer la loi martiale, etc., “en cas de violation de l’ordre”, mais, en fait, au cas où la classe exploitée “violait” son état d’asservissement et si elle avait la velléité de ne pas se conduire en esclave. […]
« Plus la démocratie est développée et plus elle est près, en cas de divergence politique profonde et dangereuse pour la bourgeoisie, du massacre ou de la guerre civile. Cette “loi” de la démocratie bourgeoise, le savant M. Kautsky aurait pu l’observer à l’occasion de l’affaire Dreyfus dans la France républicaine […]. »
La terreur raciste des flics, le recours aux lois d’exception dès qu’il y a des troubles, tout cela est inhérent au système capitaliste. Les formes les plus démocratiques de gouvernement dans la société capitaliste sont simplement celles où la brutalité de la domination capitaliste est le mieux masquée, le mieux couverte d’un voile d’hypocrisie parlementaire. Le rôle des révolutionnaires est de déchirer ce voile pour chercher à faire pénétrer dans la conscience des masses travailleuses et opprimées que la seule issue est une lutte pour le renversement de tout ce système capitaliste pourri par une révolution ouvrière. Nous luttons pour construire un parti bolchévique, c’est-à-dire un parti ouvrier multiethnique d’avant-garde du même type que celui de Lénine, pour diriger une telle révolution à la victoire, comme en octobre 1917 en Russie.
Nous reproduisons ci-dessous notre tract publié le 5 novembre.
Libération immédiate de tous les jeunes emprisonnés !
Les flics racistes provoquent une révolte massive des jeunes d’origine immigrée
Le 27 octobre à Clichy-sous-Bois, près de Paris, deux jeunes d’origine africaine, Ziad Benna et Bouna Traoré, ont été tués dans un transformateur électrique où ils cherchaient refuge contre une rafle policière. Depuis plus d’une semaine les cités et les quartiers immigrés sont en feu. Des milliers de voitures, des entrepôts et des magasins ont brûlé. Cette agitation sans précédent continue de s’étendre dans toute la France. Le gouvernement, quant à lui, continue à attiser la colère en envoyant des milliers de CRS investir les quartiers pauvres. Des centaines de jeunes ont été arrêtés, plusieurs ont déjà été condamnés à des mois de prison ferme. Nous exigeons la libération immédiate de tous les jeunes emprisonnés et la levée de toutes les inculpations. A bas la terreur policière raciste contre les cités immigrées ! Nous nous opposons aussi à Vigipirate, un plan consistant à envoyer des patrouilles communes de la police et de l’armée dans les gares, les stations de métro et les aéroports, et qui est au « niveau rouge » depuis cinq mois maintenant.
L’explosion a commencé à Clichy-sous-Bois, une cité délabrée avec un taux de chômage officiel de 25 %, ce qui veut probablement dire plus de 50 % pour les jeunes. Pas étonnant que Clichy ait explosé. La bourgeoisie n’a pas grand-chose à offrir à ces jeunes à part des patrouilles de police, la prison et la mort – dans certaines prisons environ 80 % des prisonniers sont de culture musulmane, contre moins de 10 % dans la population. Une récente étude sociologique documente ce qu’on y appelle « l’apartheid scolaire », avec une ségrégation raciste qui est maintenant encore plus intense que dans le logement. Ce qui en résulte c’est que ces jeunes ont peu ou pas de perspective de finir l’école ou trouver un travail. Et cela va de mal en pis depuis 20 ans, sous des gouvernements de droite comme de « gauche ». Le racisme est inhérent au capitalisme, et en France il est également enraciné dans son passé colonial : la bourgeoisie française continue d’être rongée par le ressentiment contre sa défaite dans la lutte de libération algérienne il y a plus de 40 ans. Pour lutter efficacement contre le racisme il faut lutter pour renverser l’ensemble du système capitaliste.
Des émeutes comme celles-ci sont l’expression du désespoir de jeunes au chômage, si marginalisés qu’ils n’ont aucun pouvoir pour changer quoi que ce soit dans la société. Ces émeutes ont donné lieu à des attaques indiscriminées contre des individus qui ne faisaient que se trouver là au mauvais moment, et pour l’essentiel elles dévastent encore plus les quartiers où doivent vivre ces jeunes. Pourtant, malgré toute l’énergie dépensée et la dévastation infligée, ce genre d’explosion n’apporte en général aucun changement. C’est pourquoi il est tellement important que les travailleurs se battent pour améliorer les conditions de vie dans ces quartiers. La classe ouvrière est la force sociale qui a objectivement l’intérêt et le pouvoir de renverser tout ce système capitaliste d’exploitation, de racisme et de misère. Aulnay-sous-Bois est une autre ville du 9-3 qui était en pointe dans les émeutes récentes. A Aulnay il y a aussi une grosse usine Citroën où en mars des jeunes travailleurs, principalement d’origine immigrée d’Afrique du Nord et de l’Ouest, ont démarré une grève qui a gagné. Des dizaines de milliers de jeunes de la région ont des boulots sur l’aéroport voisin de Roissy, l’un des plus grands d’Europe. Il est possible de déchaîner la puissance de la classe ouvrière multiethnique de la zone, française et immigrée, pour lutter contre les terribles conditions de vie dans les cités et en défense des jeunes qui s’y révoltent. Mais pour cela ce qu’il faut c’est une lutte sans relâche contre la bureaucratie syndicale chauvine, qui met un frein aux luttes de la classe ouvrière et les trahit, car au fond elle partage les préoccupations de la bourgeoisie voulant que le capitalisme français soit plus « compétitif » contre ses rivaux internationaux.
L’attaque brutale du gouvernement contre toute une génération de jeunes a pour but d’attiser la division dans la classe ouvrière multiethnique du pays, dans un contexte d’attaques féroces contre l’ensemble du prolétariat et d’une résistance ouvrière croissante. Après que les marins de la SNCM ont perdu leur grève, poignardés dans le dos par la direction de la CGT (voir notre tract « Victoire à la grève de la SNCM et des dockers ! » [page 9]), le gouvernement essaie de briser une grève des transports publics qui dure depuis un mois, avec un arrêt anti-grève du tribunal. Il y a un appel à la grève de tous les principaux syndicats de la SNCF qui commence le 21 novembre. C’est pourquoi il est d’autant plus urgent pour le mouvement ouvrier organisé de s’opposer à l’attaque raciste du gouvernement. C’est une question de vie ou de mort pour que la classe ouvrière soit unie et repousse les attaques contre son niveau de vie et les services publics. Comme nous le disions dans le dernier numéro du Bolchévik (septembre) :
« Une attaque contre un est une attaque contre tous. Le mouvement ouvrier tout entier […] doit se mobiliser en défense de ses frères de classe plus vulnérables, les travailleurs originaires d’Afrique du Nord et de l’Ouest notamment, qui forment une composante stratégique du prolétariat de ce pays, que ce soit dans le bâtiment, dans l’industrie automobile ou parmi les éboueurs de la ville de Paris. Il faudrait une campagne de syndicalisation des intérimaires, CDD et “contrat nouvelle embauche”. A bas Vigipirate ! A bas les expulsions racistes et les charters ! Pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici ! Troupes françaises, hors d’Afrique ! »
Police de proximité ou CRS : chiens de garde de l’ordre bourgeois
Mais les bureaucrates syndicaux et les partis réformistes ont honteusement refusé de protester contre l’attaque raciste du gouvernement à Clichy-sous-Bois et dans d’autres quartiers. Ils se plaignent surtout de Sarkozy, le ministre de la police, comme d’un cinglé qui poursuit seulement sa carrière présidentielle. Ils donnent ainsi un soutien par la bande à son rival, le Premier ministre de Villepin qui est fortement pro-Chirac, et qui a même augmenté le niveau de répression policière depuis qu’il a repris le dossier après les premiers jours d’émeute. Les réformistes critiquent fortement Sarkozy pour avoir envoyé les CRS dans des opérations coup-de-poing contre les ghettos où vivent les minorités. Au lieu des raids de Sarkozy ils préconisent la soi-disant bonne vieille « police de proximité », mise en place par l’ex-gouvernement de front populaire de Jospin et Buffet, actuellement dirigeante du Parti communiste (PCF) ; le PCF et Lutte ouvrière ont même attaqué Sarkozy pour avoir réduit les effectifs policiers travaillant au quotidien dans les cités. Ainsi LO écrit (Lutte Ouvrière, 8 juillet) :
« En contradiction complète avec ses promesses, le ministre Sarkozy a mené dans son domaine la même politique que ses collègues : tours de passe-passe sur les effectifs pour cacher leur baisse, fermetures de postes de police, budgets non pourvus. »
La « police de proximité » était un concept favori de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la police dans le gouvernement Jospin, et qui est encore partout détesté par les sans-papiers et par les jeunes des banlieues qu’il aimait appeler « sauvageons ». C’est lui qui a mis en place de nouvelles lois pour poursuivre en justice quiconque aiderait des travailleurs sans-papiers. Le fait que le PS et le PCF veuillent en revenir à la « police de proximité » de Jospin et Chevènement est un présage funeste pour les immigrés et les jeunes. C’était les flics de Jospin qui ont tué Habib Ould Mohamed à Toulouse en 1998, provoquant une émeute pendant trois jours entiers dans le quartier du Mirail ; cette émeute a été étouffée par une mobilisation massive des CRS exactement comme le font maintenant Sarkozy et de Villepin. A nouveau en avril 2000, une patrouille de proximité a tué Ryad Hamlaoui près de Lille, provoquant une nouvelle vague de protestations.
Le PCF a fait une déclaration spéciale sur Clichy, dans laquelle il demande de : « Mettre la police au service de toute la nation, ce qui implique : démocratisation, formation, proximité, moyens adaptés » (l’Humanité, 4 novembre). L’éditorial de LO sur Clichy mentionne l’immigration ou le racisme une seule fois, et ceci pour mettre en garde que la démagogie de Sarkozy « encourage les attitudes les plus répressives de la police et le racisme de nombre de ses éléments » (Lutte Ouvrière, 4 novembre). Comme si avec un autre ministre des flics, ou si on se débarrassait de quelques mauvais éléments dans la police, on pouvait avoir une « bonne » police républicaine. Tous ces réformistes essaient de réhabiliter la police aux yeux des jeunes opprimés, alimentant ainsi des illusions mortelles dans la République bourgeoise. On ne peut pas réformer la police pour qu’elle serve la population. Ce qui distingue les réformistes des révolutionnaires c’est que les réformistes répandent le mensonge qu’on peut la réformer. Comme les autres bandes d’hommes armés qui constituent le noyau de l’Etat (les gardiens de prison, l’armée), les flics ont pour fonction de protéger la propriété privée des moyens de production dans les mains des capitalistes. Ils ont un monopole légal sur les armes afin de maintenir le système capitaliste : ils sont les chiens de garde de la bourgeoisie, et non des « travailleurs en uniforme » : Police, gardiens de prison, hors des syndicats !
PCF, LCR, etc. magouillent pour un nouveau « front populaire »
Dans sa déclaration le PC accuse Sarkozy : « Le gouvernement se montre incapable de garantir l’ordre public » (l’Humanité, ibid.) Le PS et le PC utilisent les émeutes actuelles pour redorer leur blason bien terni, et pour se présenter comme ceux qui sont capables de maintenir l’ordre dans les quartiers immigrés, et que la bourgeoisie peut donc leur faire confiance pour faire tourner l’Etat bourgeois avec moins d’à-coups.
Au fond la question pour le PC c’est de mettre en avant une nouvelle coalition, comprenant des partis bourgeois comme les Verts, les chevènementistes et les Radicaux de gauche, pour gagner les élections de 2007. Et la LCR ainsi que LO (bien que de façon moins directe) les aident. La « gauche », comprenant le PC et les pseudo-trotskystes de la LCR et de LO, partagent une tribune le 8 novembre à Paris avec deux petits partis bourgeois pro-chevènementistes, le MARS et le MRC, soi-disant contre la privatisation d’EDF. Ainsi la LCR et LO nourrissent les illusions que l’on pourrait combattre l’assaut capitaliste en faisant l’unité avec des partis capitalistes !
A bas Vigipirate et la campagne raciste « contre le terrorisme » !
Début octobre à l’aéroport de Roissy, les bagagistes sont partis en grève pour l’embauche des CDD et pour les salaires (suite à la privatisation d’Air France sous le gouvernement précédent de Jospin/Buffet). La grève a été brisée par le gouvernement qui a utilisé Vigipirate et une soi-disant menace terroriste si les bagages n’étaient pas triés. Cela montre de façon très concrète ce que nous disons depuis des années : Vigipirate vise tous les immigrés, tous les jeunes d’origine immigrée et la classe ouvrière dans son ensemble. Il pourrait de nouveau être utilisé dans les semaines qui viennent si une grande grève démarre à la SNCF.
LO a refusé depuis le premier jour de s’opposer à Vigipirate, et cela va de pair avec leur rôle dirigeant dans la campagne pour exclure des écoles les jeunes femmes portant le foulard islamique. En France l’islam est une religion des opprimés et des cités ghettos. Le foulard représente un programme social réactionnaire qui confine les femmes à la maison dans un état de servitude. Mais renvoyer du lycée des filles musulmanes ne peut que renforcer leur isolement et leur oppression ; et cela alimente le racisme contre tous les immigrés. Nous nous opposons à ces campagnes racistes et nous défendons les jeunes femmes qui portent le foulard contre l’Etat bourgeois. LO au contraire a salué la loi Chirac qui interdisait le foulard, une loi raciste qui fait partie intégrante du harcèlement quotidien contre les musulmans, et Arlette Laguiller a même manifesté le 6 mars 2004 bras dessus, bras dessous avec Nicole Guedj (UMP), alors secrétaire d’Etat à la construction des prisons.
Il est vrai que LO se mobilise pour les sans-papiers, tout comme de nombreux libéraux bourgeois qui croient que la République française doit être capable d’intégrer ces immigrés qui souvent sont en France depuis des années et ont fondé une famille ici. Cependant le racisme contre les jeunes des cités va très profond, jusqu’au cœur de ce qu’est le capitalisme français, et divise profondément la classe ouvrière dans ce pays. LO évacue consciemment la question, parlant seulement des « quartiers populaires » et évitant la question de l’oppression raciale. Ce qu’il faut c’est forger l’unité révolutionnaire de la classe ouvrière, en commençant par des mobilisations ouvrières contre la terreur policière raciste. Nous luttons pour construire un parti ouvrier révolutionnaire multiethnique, déterminé à diriger le prolétariat de ce pays vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/174/clichy.html
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Déclaration de la Ligue communiste internationale - Défense de l'Irak contre l'attaque impérialiste des USA et leurs alliés ! A bas l'embargo de famine de l'ONU ! (Part 1) (23 Oct 2002)

https://archive.is/C3jkH
Déclaration de la Ligue communiste internationale
Défense de l'Irak contre l'attaque impérialiste des USA et leurs alliés ! A bas l'embargo de famine de l'ONU !
Nous publions ci-dessous une déclaration en date du 23 octobre 2002.
L'impérialisme US mène le monde à la guerre. Des dizaines de milliers de soldats américains et britanniques prennent position en vue d'une attaque à grande échelle contre l'Irak, tandis que d'autres puissances, de l'Australie à la Turquie, jouent des coudes pour avoir un rôle dans le massacre et obtenir une part du butin. La Maison Blanche a déjà révélé ses plans pour une occupation militaire de l'Irak dans l'après Saddam Hussein. Il n'y a qu'à voir l'arsenal nucléaire que les Etats-Unis menacent d'utiliser aujourd'hui pour comprendre que si cet ordre impérialiste continue de sévir, la vie sur cette planète est en danger.
Dans la guerre contre l'Irak, la Ligue communiste internationale (quatrième-internationaliste) choisit clairement son camp : nous sommes pour la défense militaire de l'Irak, sans donner un milligramme de soutien politique au régime de Saddam Hussein. Hussein, c'est l'oppresseur sanguinaire des ouvriers irakiens, des militants de gauche, des musulmans chiites, du peuple kurde et d'autres encore. En tant que tel, il a été un allié proche et un protégé de l'impérialisme américain pendant 20 ans avant qu'il ne s'empare du Koweït en 1990. Maintenant, les Etats-Unis veulent un régime plus docile et veulent avoir un plus grand contrôle sur les puits de pétrole, ne serait-ce que pour « rationner » leurs rivaux économiques comme le Japon et l'Allemagne, car ceux-ci sont davantage à la merci du pétrole du Moyen-Orient. En suspendant une épée de Damoclès au-dessus de la Corée du Nord, Washington montre clairement que ce pays est le prochain sur la liste, dans l'éventualité d'une victoire facile en Irak. Le fait que les impérialistes n'aient pas encore menacé de bombarder la Corée du Nord, en réaction aux informations selon lesquelles elle est peut-être en train de développer une capacité nucléaire, ne fait que souligner que dans le monde actuel les armes nucléaires sont l'unique garantie de la souveraineté d'un pays. Chaque victoire des impérialistes dans leurs guerres de déprédation encourage de nouvelles aventures militaires. Chaque revers aide les luttes de la classe ouvrière et des opprimés.
L'avantage militaire colossal des Etats-Unis face à l'Irak néo-colonial (un pays qui est déjà saigné à blanc depuis 12 ans avec les sanctions de l'ONU, ces dernières ayant fait au moins 1,5 million de victimes civiles) montre combien la lutte de classe dans les métropoles impérialistes est importante et comment c'est le moyen essentiel de donner un contenu concret à un appel pour défendre l'Irak. Toute grève, toute mobilisation ouvrière contre les plans de guerre, toute manifestation de masse contre des attaques envers les ouvriers et les minorités, toute lutte contre la répression à l'intérieur du pays et les attaques contre les libertés individuelles, porte un coup à la campagne de guerre impérialiste. Pour mettre fin une fois pour toutes à la guerre, il faut balayer le système capitaliste qui l'engendre, à travers une série de révolutions et la mise en place d'une économie rationnelle, planifiée, égalitariste et socialiste au niveau mondial. L'anti-impérialisme à l'étranger, cela signifie la lutte de classe ici ! Défense de l'Irak contre l'attaque impérialiste !
La vigueur avec laquelle les alliés de Washington à l'ONU, en particulier l'Allemagne, critiquent ouvertement les provocations enragées de l'administration Bush au Proche-Orient montre à quel point les tensions au sein des puissances impérialistes se sont intensifiées ces dernières années. Les Etats impérialistes subordonnés objectent aujourd'hui parce que la botte du cow-boy les rudoie un peu trop, mais ils acquiesceront tous aux diktats de l'impérialisme US, le maître des classes capitalistes, car ils ne sont pas assez puissants pour s'opposer aux Etats-Unis et ils veulent récupérer au moins une part du butin en récompense. Comme l'a ouvertement déclaré un dirigeant de la compagnie pétrolière française TotalFinaElf : « Nous voulons le pétrole et nous voulons faire partie de la reconstruction du pays. S'il y avait un nouveau régime et que nous ne soyons pas avec les Américains, où serions-nous ? »
La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens
Pour mener sa guerre en Afghanistan, la bourgeoisie américaine a cyniquement manipulé la douleur et l'horreur que des millions de gens ont ressenties vis-à-vis de l'attaque criminelle et démente contre le World Trade Center. Mais le consensus patriotique aux USA s'effrite et ailleurs dans le monde il y a une opposition massive à une guerre en Irak. Pour mener la guerre, il faut la paix sociale et de Los Angeles à Londres on se rend compte que les fauteurs de guerre impérialistes sont des casseurs de syndicat et des briseurs de grèves. En déclarant qu'une grève pourrait « menacer la sécurité nationale », l'administration Bush utilise la force répressive de l'Etat capitaliste pour contraindre le puissant syndicat des dockers américains, l'ILWU, à travailler dans les conditions imposées par l'association patronale qui veut casser le syndicat. De l'autre côté de l'océan, le gouvernement britannique menace d'envoyer l'armée casser la grève des pompiers. Les plongeons de la Bourse privent des millions de travailleurs de leur retraite, tandis que les scandales publics montrent à quel point les chefs d'entreprise sont cupides et rapaces. Des dizaines de milliers de travailleurs, notamment l'ensemble de la main-d'œuvre de plusieurs usines Fiat en Italie, risquent bientôt d'être sabrés comme on ampute un membre gangrené, par des capitalistes qui ne cherchent qu'à protéger leur propre marge de profit malgré la crise économique capitaliste. Les libertés individuelles sont bafouées et les capitalistes intensifient leurs assauts contre l'Etat-providence et les autres acquis arrachés par des décennies de luttes ouvrières.
Partout, la chasse aux immigrés s'est intensifiée jusqu'à l'hystérie suite aux efforts des gouvernements capitalistes pour faire dévier la lutte de classe grâce au racisme et à la xénophobie. L'hystérie anti-immigrés coûte la vie à des milliers de réfugiés désespérés qui essayent de traverser la frontière des Etats-Unis à partir du Mexique ou d'embarquer à bord de bateaux en piteux état en direction de l'Australie ou de l'Europe de l'Ouest. Avec la récession, les bourgeoisies de l'Europe de l'Ouest, qui faisaient venir en grand nombre les immigrés quand ils leur étaient utiles, n'ont maintenant plus besoin d'eux pour avoir de la main-d'œuvre sous-payée. Tout ceci montre bien que le système capitaliste est ce qu'il y a de plus dangereux et de plus nocif pour les ouvriers à travers le monde. Il y a 10 ans, les bourgeois nous rebattaient les oreilles avec la soi-disant « mort du communisme ». Mais le capitalisme a mené le monde à une impasse, comme le montre bien la guerre en Irak, quand la nuit les missiles déchirent le ciel dans un vacarme terrifiant. Pour aller de l'avant, la seule voie possible c'est de se battre pour le communisme authentique (et non sa perversion stalinienne) avec des partis ouvriers révolutionnaires comme instrument.
Aux Etats-Unis, ni le patriotisme à outrance ni la répression effrénée de l'Etat n'ont amené les masses à soutenir la guerre contre l'Irak. En Europe des centaines de milliers d'ouvriers et de jeunes anti-impérialistes ont manifesté leur opposition à cette guerre. Le problème, c'est que les manifestations antiguerre en Europe ont toutes été canalisées dans une direction nationale-chauvine, demandant à sa propre bourgeoisie de s'opposer aux Américains. Aux USA, les libéraux bourgeois et la pseudo-gauche antiguerre, en bêlant « de l'argent pour les emplois, pas pour la guerre », font croire que les capitalistes peuvent réviser leurs priorités fondamentales pour servir les intérêts des travailleurs.
La vérité, c'est que le système capitaliste dans son ensemble est basé sur l'accaparement du profit par les propriétaires des moyens de production, qui exploitent et assujettissent les ouvriers produisant les richesses de la société. La guerre est une expression concentrée de ce conflit, puisque les bourgeoisies capitalistes concurrentes se disputent pour mettre la main sur les ressources naturelles et se tailler de nouveaux marchés, afin d'exporter leurs capitaux et de trouver de la main-d'œuvre bon marché. Lénine, qui a dirigé la Révolution russe, a bien montré la différence entre, d'une part le pacifisme bourgeois, qui endort les masses et sème des illusions dans la « démocratie » capitaliste, et d'autre part le désir ardent des masses pour la paix. Lorsque la Première Guerre mondiale inter-impérialiste a éclaté, Lénine a écrit :
« A l'heure actuelle, une propagande de paix qui n'est pas accompagnée d'un appel à l'action révolutionnaire des masses ne peut que semer des illusions, corrompre le prolétariat en lui inculquant la confiance dans l'esprit humanitaire de la bourgeoisie et en faire un jouet entre les mains de la diplomatie secrète des pays belligérants. Notamment l'idée selon laquelle on pourrait aboutir à une paix dite démocratique sans une série de révolutions est profondément erronée. »
— Conférence des sections à l'étranger du POSDR, février 1915, Œuvres, tome 21
Dans les guerres entre les prédateurs et pillards impérialistes et leurs victimes coloniales ou semi-coloniales, le prolétariat a un camp. Comme le soulignait Lénine dans sa brochure de 1915, le Socialisme et la guerre :
« [...] si demain le Maroc déclarait la guerre à la France, l'Inde à l'Angleterre, la Perse ou la Chine à la Russie [tsariste], etc., ce seraient des guerres "justes", "défensives", quel que soit celui qui commence, et tout socialiste appellerait de ses vœux la victoire des Etats opprimés, dépendants, lésés dans leurs droits, sur les "grandes" puissances oppressives, esclavagistes, spoliatrices. »
— le Socialisme et la guerre, mars 1915, œuvres, tome 21
Il y a de réelles possibilités d'organiser une lutte de classe en opposition à la guerre impérialiste et de briser les limites nationalistes et économistes étroites à l'intérieur desquelles les lieutenants ouvriers de la classe capitaliste contiennent les grèves. Pendant la guerre de l'ONU et de l'OTAN contre la Serbie en 1999, les syndicats italiens COBAS ont organisé une grève générale politique d'un demi-million d'ouvriers. Les ouvriers de Fiat, qui se battent aujourd'hui contre la fermeture d'usines en Italie, ont organisé une campagne d'aide financière pour leurs camarades, les travailleurs de l'usine automobile yougoslave de Zastava, qui avait été bombardée par les impérialistes ; toutes les sections de la LCI ont soutenu activement cette campagne. L'an dernier, les dockers japonais de Sasebo ont montré la voie en refusant de charger du matériel militaire japonais à destination de la guerre en Afghanistan. Aujourd'hui, les courageux travailleurs turcs de la base aérienne d'Incirlik, prévue pour être une aire de lancement importante pour la guerre en Irak, menacent de faire grève.
Ce qui est essentiel, c'est de tracer une ligne de classe et de délivrer les ouvriers et la jeunesse anti-impérialiste des politiciens bourgeois, de leurs agents dans les syndicats et de leurs larbins d'« extrême gauche », qui cherchent à détourner la haine justifiée de la guerre vers des appels illusoires à des réformes parlementaires de ce système basé sur le profit qui engendre la guerre. En Europe de l'Ouest, ces gens-là soutiennent aussi leur propre bourgeoisie nationale contre les Américains. Dans le ventre de la bête impérialiste, la Spartacist League/U.S., section américaine de la LCI, montre la voie en défilant sous des mots d'ordres révolutionnaires internationalistes dans les manifestations antiguerre. Nous disons : Pour la lutte de classe contre les dirigeants capitalistes ! Défense de l'Irak contre l'attaque impérialiste ! A bas l'embargo de famine de l'ONU ! Toutes les troupes impérialistes, des USA et de l'ONU, hors du golfe Persique et du Proche-Orient !
La doctrine de Bush : premier gendarme nucléaire du monde
En septembre dernier, l'administration Bush a rendu publique sa « stratégie de sécurité nationale », qui est une bombe diplomatique entérinant le principe de guerre « préventive », y compris avec des armes nucléaires, contre quiconque se mettant au travers de la route des Etats-Unis. Elle déclare qu'aucune puissance ne rattrapera la supériorité militaire énorme des Etats-Unis, qui s'est encore renforcée depuis que l'Union soviétique a été détruite par la contre-révolution capitaliste en 1991-1992. (Le budget militaire américain est maintenant plus important que celui des 19 autres pays suivants réunis.) Cette menace est en premier lieu dirigée contre la Chine, ainsi que contre les rivaux impérialistes des Américains. La nouvelle politique représente un changement significatif par rapport à la façon dont les Etats-Unis ont dominé le monde depuis qu'ils ont triomphé de leurs autres rivaux lors de la Première et de la Deuxième Guerre impérialiste mondiale. Ces dernières décennies, les Etats-Unis déguisaient leurs actes de brigandage sous le prétexte d'apporter la « démocratie » et de « libérer » les populations de la « dictature ». Les Nations Unies ont servi de feuille de vigne « humanitaire » à la terreur et l'oppression de l'impérialisme US à travers le monde, depuis la guerre de Corée en 1950-1953 jusqu'à l'embargo qui affame l'Irak.
Lorsque les sociaux-démocrates européens et la soi-disant « extrême gauche » se plaignent de l'« unilatéralisme » américain, cela ne représente en aucun cas une opposition de classe à l'impérialisme américain. Ce ne sont que les geignements d'Etats moins puissants et de leurs apologistes qui veulent une part du gâteau plus grosse et qui préfèreraient être traités moins brusquement. Leurs manœuvres aux Nations Unies sont essentiellement des intrigues visant à faire pression sur les Etats-Unis au service de leurs propres intérêts nationaux. Lénine disait que la Société des nations, l'ancêtre des Nations Unies, était « une caverne de brigands » et l'ONU sert ce but aujourd'hui : réguler les conflits mondiaux dans le cadre déterminé par les puissances impérialistes les plus puissantes, toutes ces manœuvres étant faites sous couvert d'apporter la « paix ». Mais aujourd'hui, les Etats-Unis se sentent en confiance pour jeter bas les masques et dire ouvertement : « faites ce qu'on vous dit sinon vous serez le prochain sur la liste ». Et les Etats moins puissants marchent droit, et acceptent d'exempter les militaires américains des tribunaux internationaux pour crimes de guerre et acquiescent quand les Américains demandent aux Irakiens d'assassiner leur chef d'Etat !
Le changement de politique de la Maison Blanche n'est ni d'ordre simplement sémantique ni une absence de tact diplomatique. C'est la forme du « nouvel ordre mondial » issu de la destruction de l'Union soviétique. L'Union soviétique était la patrie de la révolution d'Octobre 1917, la première et jusqu'à présent la seule révolution ouvrière victorieuse dans le monde. Le système d'exploitation capitaliste avait été renversé et remplacé par une économie planifiée et collectivisée. Cependant, en l'absence de révolutions socialistes en Allemagne et dans d'autres pays industriels avancés, le jeune Etat ouvrier s'est trouvé sans ressources et encerclé par des puissances impérialistes hostiles. Une caste bureaucratique conservatrice, un peu comme la bureaucratie qui dirige les syndicats dans les pays capitalistes, a alors enlevé le pouvoir politique à la classe ouvrière soviétique. Léon Trotsky, qui avec Lénine avait dirigé la révolution ouvrière, a combattu la dégénérescence bureaucratique de l'Union soviétique sous Staline et a lutté pour que l'URSS revienne sur la voie de l'internationalisme révolutionnaire. En 1933, Trotsky appela à une révolution politique pour chasser la bureaucratie, tout en continuant à insister qu'il était du devoir du prolétariat international de défendre militairement le premier Etat ouvrier dans le monde contre les tentatives internes ou externes de restauration capitaliste.
Malgré sa déformation stalinienne, l'Union soviétique était une source de puissance militaire et industrielle pour tout Etat ayant renversé la domination capitaliste, du Vietnam à Cuba. Maintenant que la puissance militaire soviétique n'est plus là pour arrêter la main de l'impérialisme US, celui-ci foule aux pieds toute la planète et étend sa présence militaire sur tous les continents et toutes les mers. Les rivalités interimpérialistes, qui étaient souvent subordonnées à la volonté commune de détruire l'Union soviétique, reviennent maintenant sur le devant de la scène. La réélection du chancelier allemand Gerhard Schröder sur la base de ses diatribes anti-américaines dans le conflit irakien montre à quel point les fissures s'élargissent au sein du camp impérialiste. C'est la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale que l'Allemagne capitaliste exprime ouvertement son opposition à une politique stratégique militaire majeure des Américains. Les ouvertures que le Japon a faites à la Corée du Nord en septembre dernier, défiant la volonté de Bush d'affamer et de mettre en quarantaine cet « Etat-voyou », montrent une autre de ces fissures. Fox, le président mexicain, qui veut être l'homme de Bush en Amérique latine, n'arrive même pas à récupérer quelques miettes diplomatiques de la table de Washington pour ses services rendus. Durant la guerre du Golfe en 1991, l'Allemagne et le Japon ont payé à eux seuls plus du quart des dépenses de guerre, et d'autres alliés des Américains (comme l'Arabie Saoudite) ont couvert presque tout le reste. Cette fois-ci, Schröder s'est juré de ne pas débourser un pfennig, et le Japon a aussi fait clairement savoir qu'il n'a pas l'intention de contribuer à l'effort de guerre. La profonde récession économique mondiale exacerbe les tensions entre les Européens de l'Ouest, les Etats-Unis et le Japon. Les guerres économiques, entre des blocs rivaux et dans leur sein même, pour l'acquisition de parts plus grandes du marché mondial, mèneront en dernière instance à des conflits militaires.
Aujourd'hui, les Etats-Unis sont déterminés à maintenir et étendre leurs richesses pétrolières au Proche-Orient, mais le gros lot qu'ils veulent obtenir, c'est la Chine. Enhardis par la contre-révolution capitaliste en ex-Union soviétique, les Etats-Unis font monter la pression militaire sur la Chine, que ce soit en étendant des bases américaines aux Philippines ou avec leurs nouvelles bases sur la frontière afghane. Dans le même temps, les USA et d'autres puissances impérialistes, ainsi que les capitalistes chinois d'outre-mer, intensifient les incursions du marché capitaliste dans les « zones économiques spéciales » pour l'exploitation du marché libre au cœur de l'Etat ouvrier déformé chinois. La Chine est une des sept cibles potentielles dans le collimateur des Américains pour leur plan de « première frappe nucléaire », comme cela a été écrit dans le « Nuclear Posture Review » publié par le Pentagone au début de cette année. La lamentable bureaucratie stalinienne de Pékin a pourtant soutenu la « guerre contre le terrorisme » des Etats-Unis en Afghanistan. Certains éléments de la bureaucratie stalinienne chinoise cherchent aussi à devenir une nouvelle classe capitaliste, en favorisant la pénétration économique des impérialistes et de la bourgeoisie chinoise expatriée. Le terrible recul du progrès humain, à tous les niveaux, que ce soit la mortalité infantile, l'espérance de vie ou le taux d'alphabétisation, que l'on constate depuis la contre-révolution capitaliste en Union soviétique et en Europe de l'Est doit servir d'avertissement pour les masses ouvrières chinoises : se brader au « monde libre », cela veut dire tomber en chute libre dans l'exploitation et la misère capitaliste — et c'est encore plus vrai pour la Chine qui a d'énormes secteurs encore économiquement arriérés. Les acquis de la Révolution de 1949, qui a affranchi la Chine du joug de la domination impérialiste, qui a mis fin à l'esclavage des femmes et amélioré prodigieusement les conditions de vie des masses ouvrières et paysannes par la création d'une économie collectivisée et planifiée, sont en danger. Nous trotskystes nous battons pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine, mais aussi de la Corée du Nord, du Vietnam et de Cuba contre une attaque impérialiste et la contre-révolution interne, tout en combattant pour une révolution politique prolétarienne qui chasse les bureaucraties staliniennes traîtres qui minent les Etats ouvriers.
La LCI a jeté toutes les forces à sa disposition dans la lutte pour stopper la contre-révolution capitaliste dans l'ex-Union soviétique et, avant cela, en Allemagne de l'Est. Nous avons essayé de réimplanter le communisme authentique des bolchéviks de Lénine et de faire connaître à la classe ouvrière l'analyse brillante qu'avait faite Trotsky du caractère contradictoire des Etats ouvriers déformés. Cela afin de construire des partis révolutionnaires internationalistes qui servent d'instrument pour défendre les anciens acquis et pour en conquérir de nouveaux. Nous n'y sommes pas parvenus, et la victoire du capitalisme a eu d'amères conséquences : un monde devenu beaucoup plus dangereux, avec une exploitation impérialiste sans bornes et la guerre. Cela a rendu le combat qui est devant nous plus urgent encore et a renforcé notre détermination. Par contre presque toute la « gauche » a hurlé avec les loups impérialistes et a soutenu les forces de la contre-révolution en Union soviétique et dans les Etats ouvriers déformés d'Europe de l'Est. Ce faisant ces groupes exprimaient leur rapprochement avec leur propre bourgeoisie. Il n'est donc pas surprenant qu'au fur et à mesure que des divergences se dessinent entre les principales puissances impérialistes, ces « socialistes » continuent à battre le tambour pour leur propre bourgeoisie impérialiste au nom des « droits de l'homme ». Ainsi dans la guerre contre la Serbie en 1999 et aujourd'hui encore ils se présentent comme s'opposant à la guerre. Mais ce n'est qu'une façon d'enjoliver les intérêts nationaux de leur propre classe capitaliste.
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/Irak-lci-fr.htm
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Pour une défense lutte de classe des bagagistes de Roissy ! A bas la campagne sécuritaire raciste du gouvernement ! (2006)

https://archive.is/7785M
Le Bolchévik nº 178 Décembre 2006
Buffet Royal en 2007 : austérité anti-ouvrière et terreur raciste encore une fois au menu
La chasse aux sorcières raciste de l’Etat contre 72 travailleurs, musulmans pour la plupart, à l’aéroport de Roissy, et les conditions de travail intenables imposées aux dizaines de milliers de travailleurs de l’aéroport, en disent long sur les causes de la révolte de la jeunesse des banlieues il y a un an. Cette explosion de rage de jeunes d’origine ouvrière et largement issus de l’immigration maghrébine et africaine, avait été déclenchée par la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois, morts électrocutés alors qu’ils essayaient d’échapper à une rafle raciste de la police. Ces deux jeunes avaient immédiatement été dénoncés par l’Etat comme de soi-disant délinquants et menteurs. Et ça continue : fin novembre la « justice » a annoncé que les flics responsables ne seraient pas poursuivis, et le rapport de l’IGS sur la chasse à l’homme qui avait eu lieu ce jour-là contre Zyed, Bouna, Muhittin et leurs amis, qualifie le comportement des flics comme simplement « d’une légèreté et d’une distraction surprenantes ». Pendant ce temps c’est Muhittin Altun, âgé de 18 ans, le seul survivant, qui est persécuté par la vendetta de l’Etat ; il est passible d’une peine de prison pour avoir soi-disant jeté des pierres contre une voiture de police et pour « participation avec armes à un attroupement ». Nous disons : Il n’y a pas de justice dans les tribunaux capitalistes ! Levée des inculpations contre Muhittin Altun ! Amnistie pour tous les jeunes condamnés suite à la révolte des banlieues ! La classe ouvrière multiethnique de ce pays doit défendre les jeunes de banlieue !
Les travailleurs de Roissy sont recrutés en fait dans les mêmes banlieues du Nord de Paris que celle où Zyed et Bouna ont grandi ; le frère de Bouna, Siyak Traoré, travaille à l’aéroport. Un an plus tard les conditions matérielles qui ont contribué à alimenter cette explosion – manque d’emplois, transports et système de santé défectueux, classes surchargées dans les écoles, répression quotidienne par l’Etat – rien n’a changé. En fait, à la veille des élections de 2007, la guerre contre les jeunes des minorités ethniques, désignés comme le bouc émissaire de tous les maux de la société, se déchaîne de plus en plus ; c’est à qui, de la gauche ou de la droite, battra l’autre sur le terrain de l’« ordre républicain ». Lors de l’occupation policière des cités il y a un an, nous avions dénoncé en particulier le rôle de la gauche pour son soutien à la répression, quand le PCF, le PS et LO avaient tous appelé à « rétablir l’ordre » contre les jeunes de banlieue en pleine révolte. (LO est ensuite revenue en arrière, mais ils ont décrit leur appel simplement comme « une ânerie bien sûr, mais mineure » de leur part – voir notre article sur LO page 7.) Cette trahison, et le refus de la bureaucratie syndicale de mobiliser sa base au côté des jeunes de banlieue, a encouragé l’Etat à poursuivre sa répression raciste. Nous écrivions (le Bolchévik n°174, décembre 2005) :
« L’oppression raciste et la stigmatisation des jeunes des banlieues par la bourgeoisie visent à diviser la classe ouvrière et à l’affaiblir dans son ensemble, à un moment où le gouvernement redouble les attaques et les mesures de répression contre le prolétariat en général. Une attaque contre un est une attaque contre tous ! »
Les 72 bagagistes de l’aéroport de Roissy sont visés aujourd’hui comme des « terroristes » potentiels pour les mêmes raisons – pour essayer de diviser selon des lignes raciales et affaiblir la puissance potentielle des 80 000 travailleurs de l’aéroport. Pas un seul des 72 bagagistes qui se sont vu retirer leur badge n’a jamais été accusé ou condamné pour aucun crime. D’après le sous-préfet Jacques Lebrot, on leur a retiré leur badge (qui donne accès à la zone réservée de l’aéroport où travaillent 60 000 personnes) sur la base qu’ils représentaient un risque potentiel pour les passagers. Il a déclaré qu’ils « sont liés à des mouvances fondamentalistes à visée terroriste » qui rejettent « la France et nos valeurs ». « Pour nous, quelqu’un qui va passer des vacances plusieurs fois au Pakistan, cela nous pose des questions », a déclaré Lebrot (le Monde, 21 octobre) ; Lebrot a retiré son badge à un travailleur qui avait participé avec son père à un voyage organisé Fram, « circuit au pays des maharajas », qui l’avait emmené au Pakistan, en Inde et au Bangladesh. Lebrot n’a pas fourni la moindre preuve pour étayer ses déclarations, et en fait il a exigé que ce soit les bagagistes persécutés qui fournissent la preuve qu’ils ne présentent aucun risque pour les passagers !
Cette attaque n’a rien à voir avec la lutte contre le « terrorisme » (les principaux architectes du terrorisme sont à l’Elysée et dans les ministères), ni avec la « protection » de la population ; mais elle a tout à voir avec l’arsenal croissant à la disposition de l’Etat pour écraser toute opposition et détruire les libertés. Nous nous opposons à la campagne d’« unité nationale » contre le terrorisme qui a pour but de renforcer l’Etat capitaliste raciste français.
Sarkozy a salué la chasse aux sorcières en déclarant : « Moi, je ne peux pas accepter que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plateforme aéroportuaire » (le Monde, 21 octobre). Il fait ainsi l’amalgame entre « terroristes » et travailleurs ordinaires qui se défendent ainsi que leurs collègues, et qui se battent pour la sécurité contre les patrons assoiffés de profits sur l’aéroport. Ce n’est pas un hasard que parmi les 72 de Roissy il y a des militants syndicaux qui, face à des conditions de travail qui se détériorent, se syndiquent et revendiquent. Didier Frassin, le secrétaire de l’union locale CGT de Roissy, disait, en parlant de l’intérêt croissant pour les syndicats manifesté par de nombreux jeunes recrutés dans les banlieues voisines : « Leur arrivée a contribué à renouveler le syndicat, qui ne cesse de progresser. Les directions ne s’y attendaient probablement pas. » Un autre délégué CGT chez Air France, Moustafa, ajoutait : « Ils nous ont embauchés, on s’est retrouvés délégués. On dénonce les conditions de travail, on milite, alors ils veulent nous briser en retirant les badges » (l’Humanité, 27 octobre).
Exactement. Ce que craint la bourgeoisie, c’est la force croissante de la classe ouvrière organisée multiethnique de l’aéroport ; c’est cela qui est derrière cette chasse aux sorcières. La bourgeoisie et les travailleurs ont des intérêts fondamentalement opposés et antagoniques. Le capitalisme est basé sur l’exploitation des travailleurs par les capitalistes. Il est impossible de le faire fonctionner dans l’intérêt des travailleurs ; il n’est pas réformable. Les groupes, comme LO, la LCR, le PCF, qui offrent des recettes sur comment mieux administrer le capitalisme, le rendre plus démocratique, plus social, etc., répandent le même mensonge que Jean Jaurès il y a 100 ans. Aujourd’hui comme alors, cela ne sert qu’à lier la classe ouvrière au système capitaliste de profit basé sur l’esclavage salarié et l’oppression raciste. Nous luttons pour mobiliser la classe ouvrière, indépendamment de l’ennemi de classe, des organes de celui-ci et de ses partis, pour balayer le système capitaliste par une révolution socialiste. Elle brisera et détruira l’Etat capitaliste et établira à la place un Etat ouvrier basé sur une économie collectivisée et planifiée suivant les besoins. Dans ce but, nous luttons pour construire un parti comme le parti bolchévique, pour pouvoir diriger les travailleurs à la victoire. A bas la chasse aux sorcières raciste ! Il faut mobiliser la classe ouvrière en défense des 72 de Roissy ! Pour leur réintégration immédiate dans leur poste de travail !
Vigipirate vise les travailleurs et les minorités
L’attaque contre les 72 bagagistes n’est que la dernière en date d’une longue liste à Roissy. Depuis 2004, d’après la CFDT, 3 585 travailleurs se sont vu retirer leur badge, ce qui veut dire presque automatiquement la perte de leur emploi. Le but de ces attaques, c’est de garder ces travailleurs, qui représentent la plus importante concentration de travailleurs de toute couleur de peau dans ce pays, fermement à la merci des patrons, en leur inculquant la crainte que quiconque résiste sera le prochain licencié. Il y a un an Lebrot avait agité Vigipirate rouge « pour rétablir l’ordre public » et forcer les bagagistes en grève de chez CBS à reprendre le travail sous la menace de six mois de prison (le Nouvel Observateur, 6 octobre 2005). Il avait déclaré à l’époque que leur grève accroissait la probabilité d’une attaque terroriste.
La bourgeoisie française, et ses porte-parole de droite comme de gauche, se félicitent souvent, notamment depuis que George Bush est à la Maison Blanche, que, contrairement à leurs homologues américains, ils règnent de façon juste, sociale, et égalitaire. En fait ils mettent en œuvre leur propre « guerre contre le terrorisme » avec Vigipirate depuis 1991 à l’époque de la première guerre du Golfe. Lorsque Mitterrand avait envoyé des dizaines de milliers de troupes impérialistes françaises pour combattre les Irakiens au côté des USA et de la Grande-Bretagne, les jeunes issus de l’immigration maghrébine en particulier s’étaient largement opposés à cette guerre meurtrière. Le gouvernement avait réagi en lançant Vigipirate ; il s’agissait d’attiser un climat de peur et d’insécurité en visant les jeunes qui menaçaient les sacro-saintes « valeurs républicaines » et qui manifestaient de la sympathie pour les peuples d’Irak. Des bandes de flics et de soldats en armes patrouillaient dans les gares pour empêcher physiquement les jeunes de prendre part aux manifestations dans le centre de Paris.
Dès cette époque la LTF avait protesté contre Vigipirate, et expliqué que ce plan était une arme de l’Etat capitaliste pour viser dans un premier temps des personnes ayant des attaches musulmanes, pour pouvoir ensuite réprimer la classe ouvrière dans son entier. Lutte ouvrière au contraire maintient depuis 15 ans un silence complice sur Vigipirate. Maintenant LO se lamente que le métier de bagagiste soit « sur le point d’être interdit aux musulmans » (Lutte ouvrière, 3 novembre), mais leur refus constant de s’opposer à Vigipirate est le genre de capitulation à la campagne « antiterroriste » qui a pavé la voie à l’attaque actuelle à Roissy.
Dix ans après la première guerre du Golfe, avec le 11 septembre 2001, les dirigeants français ont eu de nouveaux prétextes pour accroître les pouvoirs de la police. Comme le souligne une déclaration intersyndicale à Roissy : « L’Etat et les directions d’entreprises se sont servis du 11 septembre 2001 pour revenir sur les droits et les libertés individuelles des salariés travaillant en zone réservée » (« Nous sommes tous concernés », 27 novembre). Un syndicaliste SUD faisait remarquer : « Depuis [le 11-Septembre], on a créé un Patriot Act sur l’aéroport » (Libération, 10 novembre) ; il faisait référence à la loi « antiterroriste » aux USA introduite à la suite de l’attaque criminelle contre le World Trade Center et de l’attaque contre le Pentagone. Didier Frassin, de la CGT, disait la même chose lors d’une récente interview où il souligne l’impact de la loi sur la sécurité quotidienne (LSQ), introduite tout juste un mois après le 11-Septembre, et qui « facilite l’attitude du préfet de Seine-Saint-Denis et mène à des aberrations » (l’Humanité Dimanche, 23-29 novembre).
Buffet Royal en 2007 : c’est les ouvriers et les jeunes des banlieues qui vont déguster !
Le nombre de travailleurs de l’aéroport concernés parle pour lui-même : ce ne sont pas là des « aberrations ». Pour les patrons et leur Etat, la règle c’est l’intimidation et la répression. Peut-être que Frassin est un peu mal à l’aise parce que cette LSQ avait été introduite par le gouvernement Jospin-Buffet-Royal de « gauche plurielle » qui, comme tous les gouvernements capitalistes dans le monde, avait cherché à tirer parti de l’hystérie antiterroriste après le 11-Septembre pour serrer la vis à l’ensemble de la population. Mais les bureaucrates syndicaux, au nom de l’« unité nationale » et de la loyauté envers leur gouvernement de front populaire, avaient laissé voter cette loi sans protester.
Le passage de la LSQ sous Jospin n’est qu’un exemple de comment un gouvernement de front populaire paralyse les luttes ouvrières. Nous nous opposons inconditionnellement et par avance à tout vote et tout soutien, au premier ou au deuxième tour, à une telle alliance qui va du PS et du PC à des bourgeois soi-disant de gauche comme les Verts, les chevènementistes, etc. Ce n’est pas le cas des organisations réformistes, qui se préparent à dire à la classe ouvrière de voter au deuxième tour pour la candidate du front populaire, Ségolène Royal, comme un « moindre mal » (pour LO, voir notre article page 7). La LCR monte en épingle son refus de participer à un gouvernement avec Royal, en opposition au PCF. Mais c’est pour dissimuler qu’ils s’apprêtent tout comme le PCF à voter Royal : cette organisation qui, ces 32 dernières années, a toujours voté pour le candidat du front populaire au deuxième tour des présidentielles (sauf en 2002 où ils ont voté Chirac), a cyniquement déclaré (voir Rouge, 16 novembre) :
« Puisqu’il faut être le plus clair possible, nous rappelons qu’il n’y a, chez nous, aucune tentation de renvoyer gauche et droite dos à dos. Virer la droite en 2007 est pour nous une mesure de salubrité publique. »
La stratégie des réformistes se limite à essayer de faire pression sur la bourgeoisie pour qu’elle fasse quelques concessions, qui peuvent être octroyées aujourd’hui mais reprises demain. Si le front populaire revient au pouvoir, il continuera, tout comme le gouvernement Jospin-Buffet avant lui, d’administrer l’Etat capitaliste raciste français et à protéger les intérêts des entreprises françaises contre leurs rivales étrangères, tout cela sur le dos des travailleurs.
A bas la « guerre contre le terrorisme » de la bourgeoisie !
Avant de donner le badge nécessaire pour travailler dans la zone réservée de Roissy, les flics épluchent maintenant cinq différentes bases de données. Si l’on y figure pour un excès de vitesse, une soirée bruyante ayant abouti à un dépôt de plainte d’un voisin, le fait de ne pas avoir payé à temps sa redevance télé ou ses impôts, même sans avoir été condamné, on ne se fait pas embaucher, ou on perd son badge lors d’un contrôle périodique. Les patrons utilisent aussi ces données pour s’immiscer dans la vie privée des travailleurs et pour imposer leur ordre moral bourgeois, comme le condamne à juste titre la déclaration intersyndicale du 27 novembre. Il y a le cas particulièrement scandaleux d’un steward homosexuel qui avait été appréhendé au Bois de Boulogne avec un prostitué, et qui a dû signifier au préfet et aux autorités aéroportuaires qu’il acceptait de voir un psychiatre et de faire un « travail sur lui-même » pour garder son emploi. Tous les travailleurs visés par les lois sécuritaires répressives de Jospin et Sarkozy doivent être réintégrés immédiatement ! A bas la croisade d’ordre moral de l’Etat !
Ce sont ceux qui administrent le système capitaliste qui perpètrent la terreur de masse et des massacres barbares, aveugles et prémédités à une échelle gigantesque. Les crimes contre l’humanité qui sont synonymes de l’impérialisme français – des massacres pendant la guerre d’Indochine à la torture en Algérie et au génocide du Rwanda – sont la marque de fabrique du capitalisme dans son agonie. Et de même les attaques des CRS contre les travailleurs en grève et les jeunes qui protestent, ainsi que les attaques contre les salaires et les conditions de travail des ouvriers, la terreur des flics et la pauvreté dans les banlieues.
Ce n’est certainement pas la première fois, ni la dernière, qu’un secteur de la classe ouvrière se fait traiter de « terroriste ». Pendant la guerre d’Algérie, sous des gouvernements de gauche comme de droite, de semblables croisades étaient monnaie courante contre la classe ouvrière multiethnique, notamment dans les grandes usines automobiles. Les travailleurs de Roissy sont visés parce que l’aéroport est stratégique pour le capitalisme français, au niveau économique et au niveau militaire, et que les patrons et leurs gouvernements comprennent très bien que ces milliers de travailleurs, avec leurs syndicats, peuvent déployer une énorme puissance sociale pour défendre leurs droits et lutter contre l’oppression.
Les capitalistes savent aussi que si les travailleurs font preuve de résistance et de solidarité de classe, cela peut devenir l’étincelle pour une lutte plus large dans le pays, notamment là où il y a encore de grandes concentrations multiethniques de travailleurs, comme dans les usines automobiles et les fabricants de pièces détachées, mais aussi dans le secteur public où des centaines de milliers d’emplois sont menacés de privatisation. A la SNCF et la Poste les patrons démantèlent les services publics en créant des unités séparées plus petites, comme Chronopost qui a une base à Roissy, afin de paver la voie à la privatisation et d’obliger les ouvriers à travailler encore plus pour un salaire plus faible. Le prochain gouvernement essaiera à nouveau d’utiliser Vigipirate, cette fois-ci contre les cheminots luttant pour défendre leurs acquis.
Le niveau de pauvreté et d’oppression raciste a considérablement augmenté, ici et dans le monde, suite à la contre-révolution capitaliste qui a eu lieu dans l’ex-Union soviétique il y a 15 ans. Cette défaite historique pour le prolétariat mondial a encouragé les impérialistes à multiplier les maraudages néocoloniaux à l’étranger et accroître l’exploitation ici. Les capitalistes d’Europe de l’Ouest, agitant le mensonge de la « mort du communisme », pensent qu’ils ont maintenant les coudées franches pour détruire les acquis de la classe ouvrière, notamment les réformes de l’« Etat-providence ». Celles-ci avaient été introduites pour essayer d’endiguer le spectre du communisme après la Deuxième Guerre mondiale, face à une classe ouvrière combative qui voulait sa vengeance du bain de sang qu’elle avait subi, et à une époque où l’autorité de l’Union soviétique avait grandi du fait qu’elle avait vaincu les nazis de Hitler. La LTF, section de la Ligue communiste internationale, a mobilisé toutes ses forces pour combattre la restauration capitaliste dans l’ex-Union soviétique, et nous continuons aujourd’hui à lutter contre les tentatives des impérialistes de restaurer le capitalisme dans les Etats ouvriers déformés restants, Cuba, le Vietnam, la Corée du Nord (voir notre article page 9) et surtout la Chine.
L’effondrement de l’Union soviétique a mené à une forte augmentation de la concurrence internationale entre les puissances impérialistes. Celles-ci, pour maintenir et accroître leur taux de profit, ce qui est indispensable dans la lutte contre leurs rivales, ont toutes sortes de méthodes, notamment d’avoir une « main-d’œuvre plus flexible » avec des plans comme le contrat nouvelle embauche ou le défunt CPE. En France notamment, le démantèlement de l’Etat-providence est considéré comme une nécessité d’airain pour l’impérialisme français, qui est bien plus faible que ses rivaux américain et même allemand.
Pour une lutte de classe contre les nouvelles attaques !
Dix sociétés seulement emploient 60 % de tous les travailleurs de l’aéroport de Roissy. Le reste travaille dans 700 entreprises sous-traitantes, où les conditions de travail sont souvent encore plus atroces. « Les jeunes des cités alentour ont été embauchés, mais il faut voir dans quelles conditions ! […] On les appelle les “dos cassés” », rapporte Didier Frassin de la CGT. Un travailleur déclare : « C’est Spartacus. Je travaille de nuit, je vois à peine ma famille. Et on nous dit que les jeunes ne veulent pas bosser ! » (l’Humanité, 27 octobre) Beaucoup de jeunes travailleurs, même quand ils sont finalement embauchés en CDI, ont souvent seulement un temps partiel ; les patrons ne veulent pas payer trop de charges sociales, et ils essaient ainsi de réduire la cohésion et la force des travailleurs. Ces derniers sont obligés de prendre un deuxième emploi pour survivre, ou de faire d’interminables heures supplémentaires. La sous-traitance a pour but de diviser la classe ouvrière, d’affaiblir les syndicats et d’empêcher des grèves unies sur l’ensemble de la plateforme. Mais les travailleurs ont leurs propres armes pour riposter : leurs intérêts de classe communs et leur solidarité dans la lutte. Ensemble, ils représentent une puissance formidable.
La confiance des bureaucrates syndicaux dans la « justice » bourgeoise ne sert qu’à démobiliser la lutte : lors d’une réunion intersyndicale appelée pour discuter des actions à prendre en défense des bagagistes, un dirigeant de la CFDT a argumenté contre une grève, et même contre une protestation immédiate, disant qu’il fallait plutôt « attend[re] de voir ce que dit la justice », plusieurs plaintes ayant été déposées contre le retrait des badges. Nous n’excluons pas de faire usage de toutes les possibilités judiciaires pour défendre ces travailleurs, mais nous n’avons pas la moindre confiance dans le système d’injustice capitaliste. Nous nous tournons au contraire vers la puissance des milliers de travailleurs unis dans la lutte. Une grève solide à Roissy en défense des bagagistes ferait rapidement réfléchir les patrons, leur préfet et leurs juges pour trouver une « solution ». On a pu avoir un avant-goût de cette puissance sociale récemment avec le CPE, où c’est la mobilisation des syndicats avec les étudiants qui a battu le gouvernement.
L’Etat n’est pas au service de la société dans son ensemble. Les exploités et les opprimés ne peuvent pas l’utiliser pour qu’il serve leurs propres intérêts. C’est une machine d’oppression de la classe ouvrière par la classe capitaliste, une machine répressive faite de soldats, de flics, de tribunaux et de prisons qui ont tous pour raison d’être de défendre la domination de classe et les profits des capitalistes contre les travailleurs. Nous disons : Flics, gardiens de prison, vigiles et agents de sécurité, hors des syndicats ! La raison d’être de l’Etat c’est d’empêcher ceux qui produisent les richesses de cette société, la classe ouvrière, d’en prendre le contrôle, et de maintenir au contraire les exploiteurs bourgeois au pouvoir. Il ne peut pas y avoir de véritable justice pour les travailleurs dans les tribunaux capitalistes. C’est ce système qui, il y a un an, a enfermé des centaines de jeunes des banlieues et qui leur a fait un casier judiciaire qui peut les consigner à un avenir de chômage. Les travailleurs doivent renverser l’Etat bourgeois et exercer leur propre domination de classe contre la résistance des capitalistes, en établissant, comme les ouvriers russes en 1917, un Etat ouvrier, la dictature du prolétariat.
Il faut rompre avec les dirigeants syndicaux traîtres !
Un exemple approprié de lutte de classe, c’est la grève d’Air France en octobre 1993 : les travailleurs ont occupé les pistes et fait grève contre le plan Attali de licenciement de 4 000 travailleurs. Le gouvernement Mitterrand-Balladur a rapidement cédé aux revendications des travailleurs de jeter ce plan à la poubelle. Il n’a pas seulement reculé parce qu’Air France perdait l’équivalent de 10 millions d’euros par jour et parce que les transporteurs étrangers menaçaient de poursuivre en justice Aéroports de Paris ; il a cédé surtout parce qu’il craignait que la grève ne s’étende à d’autres travailleurs du secteur public qui étaient aussi l’objet de suppressions d’emplois. C’est Jospin et son ministre PCF des Transports Gayssot, avec l’aide des bureaucrates syndicaux, qui a partiellement privatisé Air France cinq ans plus tard, en 1999, ouvrant la voie à la privatisation complète en 2004.
Un autre exemple de puissante mobilisation de la classe ouvrière multiethnique en lutte pour défendre ses emplois, c’était sur l’aéroport de Heathrow à Londres en 2005. Le personnel de British Airways (BA) a fait grève en défense de 6 700 travailleurs, essentiellement des femmes originaires du sous-continent indien, licenciés par Gate Gourmet, une société de catering (préparation des repas). La grève a paralysé BA et a pratiquement stoppé toute l’activité de l’un des plus grands aéroports du monde. Elle a coûté plus de 70 millions d’euros à BA, stoppé pratiquement toute sa flotte dans le monde, et semé la pagaille dans les activités de BA pendant près d’une semaine. Comme l’écrivaient nos camarades britanniques : « Ce qu’il y a d’autant plus impressionnant avec cette grève, c’est qu’elle a été entreprise en dépit des lois antisyndicales qui interdisent les grèves de solidarité avec des travailleurs d’autres entreprises, et qu’elle a été lancée en pleine hystérie “antiterroriste” du gouvernement, attisée suite aux bombardements terroristes criminels du 7 juillet » à Londres (Workers Vanguard, 2 septembre 2005). Les travailleurs de l’aéroport ont fait cette action sachant que leurs propres emplois pouvaient être les suivants, mais ils reconnaissaient que leurs intérêts et ceux de ces travailleurs du catering, surtout des femmes asiatiques, étaient les mêmes.
L’aéroport étant pratiquement arrêté et BA perdant des millions de livres, la direction syndicale a répudié les grèves en les déclarant « illégales », et les travailleurs ont repris le travail. Une fois que BA et l’aéroport avaient repris, la direction syndicale a accepté de négocier dans une position de faiblesse. Finalement certains travailleurs licenciés ont été repris, et quelques autres ont reçu des indemnités de licenciement plus élevées, mais beaucoup de travailleurs combatifs sont restés sur le carreau du fait du rôle de la bureaucratie syndicale. La grève de Heathrow, tout comme la grève d’Air France de 1993, montre que pour vaincre les attaques des capitalistes, il faut aussi une bataille contre la politique procapitaliste de la bureaucratie syndicale. Ces dirigeants traîtres cherchent en permanence à enrayer les luttes ouvrières et cherchent des « accords de partenariat », parce qu’au fond ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes préoccupations que leur propre bourgeoisie : ils veulent que leurs « propres » capitalistes soient plus « compétitifs » que leurs rivaux étrangers.
De même que nous nous opposons à la collaboration de classes au gouvernement, nous luttons aussi contre les plans de « partenariat social » et de « dialogue social » prônés par les bureaucrates syndicaux, qui répandent le mensonge que les travailleurs et les capitalistes ont des intérêts en commun et qu’ils doivent essayer ensemble de relever les profits des patrons. Nous sommes pour une direction révolutionnaire des syndicats qui n’accepte pas les règles du jeu des patrons, ni n’avale leur hystérie raciste « antiterroriste », une direction se battant pour syndiquer les non-syndiqués, pour l’embauche en CDI de tous les précaires et pour le partage du travail entre toutes les mains sans perte de salaire. Une direction qui défende les travailleurs à la peau foncée contre la discrimination et qui exige les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés, y compris en luttant contre les déportations de sans-papiers qui se chiffrent à 26 000 cette année, notamment via l’aéroport de Roissy. Dans le cadre de cette lutte nous disons : une industrie, un syndicat. La division des syndicats selon l’affiliation politique ou suivant la profession est un cadeau aux patrons qui affaiblit la force de la classe ouvrière.
A Roissy, les bureaucrates utilisent le fait qu’il y a des syndicats séparés comme couverture pour le fait qu’ils n’ont pas appelé à la grève en défense des 72 de Roissy. Ils se rejettent mutuellement la faute pour l’absence de toute décision d’action lutte de classe. Il y a eu en fait une grève le 23 octobre, appelée par la CFTC, sur la question de l’intimidation et des retraits abusifs de badges (bien que les dirigeants chauvins de la CFTC aient refusé de protester directement contre la persécution raciste des bagagistes musulmans sanctionnés). Une centaine de travailleurs d’Air France ont fait grève ce jour-là, et beaucoup ont essayé de manifester sur le tarmac, dont ils ont été refoulés par les CRS, sous la menace de se faire retirer leur propre badge s’ils essayaient de bloquer le trafic. Leur protestation aurait pu être le point de départ pour la mobilisation si nécessaire en défense de tous les travailleurs de l’aéroport persécutés, mais elle est restée isolée par les autres syndicats, notamment la CGT.
En fait cela a pris trois mois, après l’envoi des premières notifications aux bagagistes annonçant le retrait imminent de leur badge, pour que la première réunion intersyndicale se tienne sur l’aéroport le 7 novembre. Cette réunion a rassemblé les six principaux syndicats opérant à Roissy (CFDT, CFTC, CGT, FO, SUD et UNSA), et elle a décidé d’avoir une autre réunion et de produire un tract, et d’envoyer une délégation syndicale rendre visite au ministre bourgeois Azouz Begag et au préfet de Seine-Saint-Denis. Après la réunion, Sylvain Chazal, dirigeant de l’UNSA, a déclaré : « L’idée n’est pas de lancer une grève qui ne sera pas suivie. Le sujet est très délicat et nous savons qu’il y a à Roissy des vrais problèmes de sécurité. » Et la CGT a couvert son propre refus d’appeler à l’action promise, en se plaignant : « Si la CGT, plus gros syndicat de la plate-forme, est partante “pour une puissante journée d’action”, la CFDT prône “des formes d’actions différentes” » (déclaration de l’union locale CGT de Roissy-Charles-de-Gaulle, 8 novembre). Certains bureaucrates ont même argumenté à la réunion qu’il serait discriminatoire de protester contre l’injustice faite aux 72 de Roissy étant donné que chaque année des centaines de travailleurs se voient retirer leur badge ! La déclaration syndicale commune du 27 novembre, intitulée « Nous sommes tous concernés », capitule face à ce chauvinisme en ne mentionnant jamais le cas des bagagistes. Bien sûr, tous les travailleurs de Roissy sont visés dans cette affaire, mais de faire disparaître cette offensive particulière, avec son caractère raciste patent, ne peut en réalité servir qu’à diviser davantage les travailleurs.
Finalement les syndicats ont appelé à une manifestation le 14 décembre à la station RER de Roissy 1 contre la discrimination et les abus sécuritaires. Mais aucun appel à la grève ne couvrait les travailleurs qui voulaient prendre part à l’action, et seulement 250 personnes y ont pris part. Pourtant, les travailleurs peuvent être mobilisés contre la discrimination raciste : il y a eu cet automne une grève combative dans la blanchisserie industrielle Modeluxe en région parisienne, pour obtenir la régularisation des collègues sans-papiers.
L’obstacle n’est pas le manque de combativité : c’est une question politique, à laquelle les bureaucrates syndicaux ne peuvent pas toucher sérieusement. La lutte pour les sans-papiers est acceptable pour les républicains bourgeois « de gauche » que courtisent les réformistes, car elle est compatible avec les déclarations sur la France « pays des droits de l’homme » et « terre d’asile ». Mais lutter contre l’oppression des travailleurs et des jeunes de banlieue, dont la plupart ont des papiers français, exige de confronter l’oppression raciale, enracinée dans le capitalisme français, contre toute une couche du prolétariat dont les parents ou les grands-parents sont venus du Maghreb et d’Afrique noire.
Les jeunes des banlieues croient à juste titre qu’ils doivent avoir les mêmes droits que les autres Français, et ils résistent aux tentatives de les faire travailler pour les salaires et conditions de travail qui sont le lot des travailleurs sans-papiers. Ces jeunes subissent de façon disproportionnée le chômage, la précarité et la discrimination à tous les niveaux. En d’autres termes, ce n’est pas seulement une question de droits démocratiques. Cela pose la nécessité d’un programme de transition : syndiquer les non-syndiqués, lutter pour des emplois décents pour tous en répartissant les emplois entre toutes les mains sans perte de salaire. Cela pose la nécessité de lutter pour renverser par la révolution socialiste le système capitaliste pourrissant. Les travailleurs ont besoin pour cela d’un parti ouvrier multiethnique d’avant-garde, un parti comme le parti bolchévique de Lénine. C’est pour cela que nous luttons.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/178/roissy.html
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La déroute de Chirac et de la direction du PS au référendum donne une ouverture pour une lutte de classe ouvrière (2005)

https://archive.is/O9kS0
Le Bolchévik nº 172 juin 2005
La déroute de Chirac et de la direction du PS au référendum donne une ouverture pour une lutte de classe ouvrière
Les Fabius/PCF/LCR pour une nouvelle « gauche plurielle » capitaliste – qui encore une fois attaquera les ouvriers et les immigrés !
Paris, le 10 juin – Avec le « non » massif au référendum du 29 mai sur la « Constitution » européenne c’est le spectre de la classe ouvrière qui vient se projeter sur les plans d’exploitation accrue et d’attaques racistes décuplées concoctés par les bourgeoisies européennes. Les travailleurs français, sous le coup d’attaques redoublées par Raffarin depuis trois ans, ont une nouvelle fois profité de ce qui leur tombait sous la main – le référendum – pour exprimer leur ras-le-bol. C’est ce que les chiffres montrent clairement avec un non massif parmi les travailleurs (79 % chez les ouvriers, 67 % chez les employés) alors que dans les sphères plus aisées de la petite bourgeoisie et dans la bourgeoisie c’est le « oui » qui était massif.
Nous avons sans ambiguïté appelé à voter « non » au référendum. Nous écrivions dans le Bolchévik (mars) :
« Contre cette nouvelle campagne commune PS-Verts-Chirac nous appelons à voter “non”, parce que nous sommes contre l’Europe capitaliste, une alliance autour des principales puissances impérialistes d’Europe pour améliorer leur propre compétitivité face à leurs rivales des USA et du Japon : une telle alliance ne peut se faire que sur le dos de la classe ouvrière multiethnique d’Europe et des peuples asservis par le néocolonialisme. »
La seule manière pour que l’impérialisme français puisse tenir le coup dans un monde dominé par l’impérialisme américain, c’est d’accroître ses propres attaques brutales contre les travailleurs. L’« Europe sociale et démocratique » revendiquée par le PCF et la LCR est un tour de passe-passe de ces réformistes pour faire disparaître le fait qu’ils acceptent l’Europe capitaliste.
A bas l’Union européenne capitaliste !
A partir de là ce qui sur le fond distinguait la campagne pour le « oui » et celle pour le « non » était en partie quelle politique d’alliance pour l’impérialisme français : il est évident que la France, de plus en plus affaiblie internationalement, doit s’appuyer sur un réseau d’alliances européennes pour se faire entendre. Le débat a pris de l’ampleur depuis un an avec l’élargissement de l’Union européenne (UE) à des pays qui, coincés entre l’Allemagne et la Russie, ont tendance à s’aligner en politique extérieure sur les USA et leur valet britannique contre le couple franco-allemand. Là où les Chirac et Hollande-Jospin proposaient la « Constitution européenne », Fabius, lui, expliquait pour le « non » dans une interview à l’Humanité (17 mai) qu’il fallait « lever les restrictions permettant les coopérations renforcées, c’est-à-dire permettre aux pays qui veulent aller plus loin et plus vite ensemble, comme la France et l’Allemagne, de pouvoir le faire. »
Au « non » franco-hollandais s’ajoute la récente déroute électorale des sociaux-démocrates allemands dans le bastion industriel de la Ruhr. Schröder risque fort de laisser la place à l’automne à un gouvernement dominé par les chrétiens-démocrates, qui veulent rééquilibrer leur politique extérieure en direction des USA. Le gouvernement Berlusconi ne tient qu’à un fil. Blair, qui est sorti affaibli des élections britanniques, se retrouve pratiquement l’homme fort de l’Europe pour le moment. C’est une période d’incertitude dans toute l’Europe, et particulièrement d’affaiblissement extérieur pour l’impérialisme français.
Cela ouvre des possibilités de lutte de classe à l’intérieur. Le nouveau gouvernement, avec, pour la première fois sous la Ve République, deux premiers ministres, Galouzeau de Villepin et Sarkozy, est à un record d’impopularité, à peine nommé. Mais il y a un terrain d’entente fondamental entre ces deux hommes qui sont rivaux : prendre un « nouveau départ » dans les attaques anti-ouvrières et accumuler les mesures répressives racistes. Il est clair qu’ils comptent jouer cette carte du racisme pour détourner la colère des ouvriers, et les diviser afin de faire passer des attaques contre l’ensemble des travailleurs. Il est d’autant plus crucial de mobiliser l’ensemble de la classe ouvrière en défense de sa composante la plus vulnérable à la peau foncée.
A ce propos la campagne du « non de gauche » n’a rien auguré de bon. Comme la campagne du « oui », elle se plaçait sur le terrain de comment défendre les intérêts de la France. La campagne pour le « non de gauche » s’est accompagnée d’un pacte de non-agression tacite avec le « non » d’extrême droite (de Villiers) et fasciste (Le Pen). Jamais dans les confrontations télévisées entre les « oui » et les « non » le « non de gauche » n’a attaqué le « non de droite », même sous la pression des « oui ». L’extrême droite se répandait contre la Turquie et les immigrés sur une base raciste et xénophobe. Elle dénonçait les délocalisations sur la même base. Le refus du « non de gauche » de combattre de Villiers et Le Pen légitimait leur racisme et annonce une nouvelle montée électorale de l’extrême droite et des fascistes aux prochaines élections.
Les « non de gauche » assuraient simplement qu’ils étaient pro-européens, voire « internationalistes », tout en multipliant les arguments chauvins contre la subordination de l’UE aux Etats-Unis via l’OTAN. Buffet déclarait par exemple pour le PCF :
« J’ai peur que demain, avec le traité constitutionnel, on place l’Europe sous l’égide des orientations de l’OTAN, qu’on appelle les Etats à augmenter leur budget militaire, comme cela est très précisément écrit dans le traité, au lieu de faire jouer à l’UE un rôle pour le désarmement. Cela nuirait à la voix de la France sur la scène internationale. »
– l’Humanité, 2 mai
Et de même la LCR n’était pas en reste, disant, dans son tract pour le « non » :
« Cette Constitution subordonne l’Europe à l’OTAN. C’est vrai ! Il est précisé que la défense doit être compatible avec la politique arrêtée dans le cadre de l’Otan (article I-41). Or, cette alliance militaire relaie la politique impériale et guerrière des Etats-Unis. »
La chose qui inquiète la LCR c’est que la politique militaire européenne soit subordonnée aux USA au lieu d’être indépendante et de vraiment défendre les intérêts bourgeois franco-européens. Cela rappelle le soutien de la LCR… à Chirac il y a deux ans pour qu’il stoppe la guerre de Bush contre l’Irak (et ce après avoir carrément voté pour lui en 2002). Avec ce soutien à la politique extérieure de Chirac la LCR porte une responsabilité pour le plan Fillon de 2003 contre les retraites, car ce soutien avait contribué à donner à Chirac la popularité et la capacité pour mener à bien l’attaque contre les retraites deux mois après la guerre.
Aujourd’hui la même LCR pleurniche sur les attaques contre les services publics et, maintenant que Chirac a fait une chute vertigineuse dans les sondages, s’agite pour réclamer sa démission. Le seul fil directeur dans la politique de la LCR ces dernières années c’est l’opportunisme français sans plus aucune borne. Et ils comptent aujourd’hui se mettre au service d’une nouvelle alliance de collaboration de classes concoctée par le PCF avec une série de vieux politiciens capitalistes sur le retour comme Chevènement.
Pour l’unité de la classe ouvrière en lutte, pas l’unité derrière les politiciens capitalistes et leurs laquais !
Le « non » français et hollandais porte un coup mortel au « traité constitutionnel », mais l’objectif reste le même pour les bourgeoisies d’Europe, « Constitution » ou pas : elles doivent détruire ce qui reste de l’« Etat-providence », un ensemble de concessions comme la Sécu, les retraites et les services publics, institué pour calmer la combativité ouvrière dans la période qui avait suivi la victoire soviétique de 1945 ; en France la bourgeoisie était à l’époque discréditée par sa collaboration avec les nazis et elle craignait une révolution ouvrière, alors que l’Armée rouge était à Berlin. Nous écrivions dans le dernier numéro du Bolchévik (mars) :
« La bourgeoisie n’a aucune prédisposition à dépenser de l’argent pour améliorer le sort des masses sans qu’elle y soit forcée, et depuis la contre-révolution qui a détruit l’Etat ouvrier dégénéré soviétique en 1991-1992, elle cherche à reprendre ces concessions pour accroître sa compétitivité face à ses rivales. Il faut lutter pied à pied contre ces attaques : tant qu’il y aura le capitalisme, la question de la lutte pour des réformes et la lutte contre leur démantèlement restent en permanence à l’ordre du jour. La tâche d’un parti révolutionnaire est, en partant d’une lutte inlassable pour défendre les droits et les conquêtes sociales des ouvriers et des opprimés, d’amener les travailleurs à comprendre que la prise du pouvoir par une révolution ouvrière est nécessaire. »
La ligne de division fondamentale dans la société capitaliste passe entre la classe des capitalistes et celle des ouvriers. Les capitalistes possèdent les moyens de production – les usines, les mines, les moyens de transport, etc. – et ils tirent leurs profits de l’exploitation des travailleurs. La puissance sociale potentielle des travailleurs réside dans le fait qu’ils ont la main directement sur ces moyens de production, ce sont eux qui les mettent en mouvement, comme l’ont encore montré ces dernières semaines les grèves victorieuses de Citroën-Aulnay et des raffineries Total.
Les intérêts des travailleurs et des capitalistes sont irréconciliables : le salut des capitalistes réside dans l’augmentation des profits, donc dans l’exploitation accrue des ouvriers, alors que le salut des ouvriers réside dans l’émancipation du joug capitaliste. Seule la classe ouvrière a la puissance sociale et l’intérêt objectif pour balayer l’ordre capitaliste et son Etat, s’emparer des moyens de production et établir une économie planifiée et collectivisée, qui fonctionne pour satisfaire au maximum les besoins de la population. Une telle économie à l’échelle mondiale jettera les bases pour éliminer la pénurie, les classes sociales elles-mêmes et toutes les formes de l’oppression.
La puissance sociale révolutionnaire de la classe ouvrière réside dans le fait objectif qu’elle est au cœur de la production capitaliste. Mais cette puissance reste à l’état potentiel car subjectivement la classe ouvrière n’est pas aujourd’hui consciente de sa mission historique de renverser le capitalisme. De plus le niveau de conscience de la classe ouvrière n’est pas statique ; il a régressé avec la contre-révolution en URSS, qui a contribué à démoraliser les travailleurs, soumis à une campagne déchaînée sur la soi-disant « mort du communisme ».
Mais la bourgeoisie a en fait toute une série d’instruments pour convaincre les travailleurs d’accepter leurs chaînes. L’un d’eux, et non des moindres, est la bureaucratie syndicale, qui s’appuie sur les couches relativement privilégiées de travailleurs et est toute pénétrée de l’idée que les ouvriers et les capitalistes auraient des intérêts communs ; les bureaucrates se voient eux-mêmes comme des « partenaires sociaux » des patrons et de leur Etat. Le réformisme, c’est propager l’idée qu’on pourrait faire fonctionner le capitalisme dans l’intérêt des ouvriers ; c’est ce que font les PS, PCF, LCR, LO – et les bureaucrates syndicaux.
Nous sommes pour l’unité la plus solide de toute la classe ouvrière contre les exploiteurs capitalistes, et par conséquent nous sommes opposés à la division de la classe ouvrière en syndicats concurrents sur la base de tendances politiques différentes, une division qui en France contribue de façon particulièrement pernicieuse à affaiblir les travailleurs, avec le taux de syndicalisation globale le plus faible de tous les grands pays capitalistes industriels. Pour de puissants syndicats industriels regroupant tous les travailleurs d’une industrie dans un seul syndicat ! Pour une direction révolutionnaire des syndicats !
Se limiter simplement à « faire du syndicalisme » suite à la désillusion vis-à-vis des partis politiques, comme on entend aujourd’hui dans les manifestations ouvrières, n’est pas la réponse aux trahisons de la direction actuelle de la classe ouvrière. Le problème n’est pas « la politique » en général, mais la politique des réformistes. Ce qu’il faut opposer au réformisme c’est un programme révolutionnaire, et construire un parti ouvrier indépendant des patrons sur la base d’un tel programme, en clarifiant les divergences avec les réformistes pour rassembler les cadres révolutionnaires dans un parti léniniste.
Le nouveau gouvernement de Villepin-Sarkozy a annoncé l’accélération de la privatisation de Gaz de France. La grève d’EDF-GDF a été trahie l’année dernière par la bureaucratie syndicale. Alors que les électriciens étaient en lutte il y a un an, Imbrecht, le dirigeant de la CGT Energie, prenait tranquillement son café avec Sarkozy, et il s’en est vanté même après la défaite de la grève : « L’arrivée de quelqu’un comme Sarkozy, qui fait de la politique mais qui pense à autre chose, avec le rapport de forces qu’on avait, a permis de donner une dimension politique au dossier. Durant les négociations, on est passé […] au déblocage de bien des dossiers. […] on a pu engranger des choses importantes du point de vue social […] » (interview publiée dans « Les Robins des bois de l’énergie », de Sophie Béroud).
D’ailleurs pendant la campagne du référendum la bureaucratie syndicale a joué un rôle tout à fait méprisable. Sans parler des numéro un Chérèque (CFDT) et Thibault (CGT) qui étaient carrément pour la « Constitution » européenne, ils ont tous freiné des quatre fers pour éviter une lutte de classe en pleine période électorale. Y compris la direction de la fédération CGT des cheminots, qui était solidement pour le « non », a reporté au 2 juin, au lendemain du référendum, une grève nationale.
La tiédeur des bureaucrates reflétait non seulement l’allégeance de beaucoup au « oui » majoritaire à la direction du PS mais aussi, plus fondamentalement, le fait qu’ils partagent avec la bourgeoisie la vision qu’il faut renforcer le capitalisme français contre ses concurrents et l’Union européenne contre les USA et le Japon, dans un contexte de rivalités économiques exacerbées. L’appel à la manifestation des métallos du 9 juin avait pour but de faire pression sur Chirac pour qu’il fasse suivre d’effet sa promesse de redonner à la France « les moyens d’une grande ambition industrielle » (voir l’Humanité, 8 juin). Seulement la seule manière d’avoir une ambition industrielle pour le capitalisme, en France et en Europe, c’est d’augmenter le taux d’exploitation des ouvriers en remplaçant les travailleurs par des machines plus performantes, en augmentant les cadences et les heures de travail, et en diminuant les salaires direct et indirect (prestations sociales, retraite). Et c’est de cela qu’il s’agissait avec la « Constitution européenne ». Les travailleurs voyaient que les capitalistes veulent détruire l’Etat-providence, et ils ont voté « non » avec raison.
Le 14 avril au Zénith : le nouveau front populaire se dévoile
Mais la campagne dirigée par le PCF pour le « non de gauche » avait fondamentalement pour but de reconstituer une nouvelle alliance électorale pour gagner en 2007 et reprendre les rênes du gouvernement bourgeois. La question du référendum était pour lui une question tout à fait secondaire. Le meeting politiquement décisif de la campagne a eu lieu le 14 avril à Paris, organisé par le PCF, et Buffet a profité de la tribune pour annoncer qu’elle préparait un bloc avec le PS, y compris avec les propagandistes enragés du « oui » dans le PS. Lutte ouvrière dans son journal du 22 avril rapporte les propos de Buffet de façon très claire :
« Nous allons prendre toutes les initiatives pour rassembler la gauche, y compris ceux qui auraient voté “oui”, pour débattre de ce que doit faire la gauche demain si elle revient au pouvoir. »
A la tribune du meeting du 14 avril il y avait Besancenot pour la LCR, Mélenchon pour le PS et Buffet pour le PCF. Le PS et le PCF sont des partis « ouvriers-bourgeois », c’est-à-dire des partis ouvriers dont la direction est procapitaliste, dédiée à la défense de la propriété privée des moyens de production. Mais il y avait aussi à la tribune le 14 avril directement des politiciens capitalistes. On avait Francine Bavay des Verts, et Georges Sarre qui représentait le Mouvement républicain et citoyen (MRC), le parti de Chevènement. Chevènement est sorti du PS au début des années 1990, à l’époque de la première guerre du Golfe où le gouvernement PS avait envoyé des dizaines de milliers de soldats dans le cadre de la coalition dirigée par Bush père contre l’Irak néocolonial. Chevènement n’était pas contre le militarisme impérialiste (il était même ministre de la guerre de Mitterrand, avant de devenir ministre des flics de Jospin) : il trouvait plutôt que le PS de Mitterrand ne défendait pas suffisamment bien les intérêts du capitalisme français contre les USA, notamment au Proche-Orient. En sortant du PS, Chevènement rompait avec le passé ouvrier de la social-démocratie et avec la base qui lui reste dans la classe ouvrière, et il créait un parti bourgeois qui s’appelle aujourd’hui le MRC.
Quant aux Verts, ils peuvent paraître moins réacs que les partis ouvriers réformistes sur toute une série de questions de société, comme par exemple sur le mariage homosexuel où Noël Mamère a pris une position en pointe. Mais il n’en reste pas moins que les Verts sont un parti bourgeois ; ils n’ont jamais eu ni voulu avoir le moindre ancrage dans les syndicats et ils ne prétendent ni de près ni de loin représenter les intérêts de la classe ouvrière ; leur base sociale ce sont des petits-bourgeois nationalistes qui veulent un capitalisme plus « écologique », c’est-à-dire où les ouvriers auraient moins de voitures et consommeraient encore moins. En Allemagne c’est un politicien Vert qui dirige depuis plusieurs années la diplomatie de l’impérialisme allemand et qui, tirant parti d’une auréole soi-disant pacifiste, a réussi à faire avaler aux travailleurs allemands des interventions militaires extérieures depuis 1999 avec la guerre des Balkans, pour la première fois depuis 1945.
Pour compléter la galerie du 14 avril, il y avait aussi José Bové. Bové n’est pas membre d’un parti bourgeois ; il est connu comme ex-porte-parole de la Confédération paysanne qui représente la petite paysannerie, donc les intérêts d’un secteur de la petite bourgeoisie. Sa campagne pour le roquefort français, contre les OGM (généralement assimilés aux multinationales américaines comme Monsanto) et contre la « malbouffe » (dont la figure emblématique est la chaîne américaine des MacDo) a simplement servi à renforcer le chauvinisme français contre l’hégémonie américaine.
A bas la collaboration de classes !
Nous appelons les alliances de collaboration de classes, telles que ce bloc du « non de gauche », des « fronts populaires », en référence notamment à celui de 1936. Voici ce qu’en disaient les trotskystes dans les années 1930 (c’est extrait d’une brochure de 1937 de James Burnham, alors un trotskyste américain) :
« Pour le prolétariat, à travers ses partis, abandonner son propre programme indépendant équivaut à abandonner son fonctionnement indépendant en tant que classe. Et c’est là précisément la signification du Front populaire. Dans le Front populaire le prolétariat renonce à son indépendance de classe, abandonne ses buts de classe – les seuls buts, comme l’enseigne le marxisme, qui puissent servir ses intérêts. […] Le Front populaire est par là même entièrement et irrévocablement non prolétarien, antiprolétarien.
« Par sa nature même, le Front populaire se doit d’être ainsi. La mise en place du Front populaire, par définition, nécessite l’accord sur un programme commun entre les partis ouvriers et les partis non ouvriers. Mais les partis non prolétariens ne peuvent accepter le programme prolétarien – le programme de la révolution socialiste – sans cesser d’être ce qu’ils sont. […]
« Le Front populaire, de par ses éléments fondamentaux, est la forme majeure de la préparation parmi les masses à la réalisation de l’unité nationale au sein des nations démocratiques, en soutien à la guerre qui vient. Sous les mots d’ordre du Front populaire les masses iront de l’avant pour se battre pour “leur propre” impérialisme. […]
« Ainsi, le Front populaire est la version contemporaine du social-patriotisme, la nouvelle forme sous laquelle doit se reproduire la trahison de 1914. » [souligné dans l’original]
– voir Spartacist éd. française n° 15-16, printemps 1980
Aussi les trotskystes, qui luttent pour que la classe ouvrière s’affranchisse de toute alliance qui la subordonne à la bourgeoisie, s’opposent par principe au front populaire.
La collaboration de classes est tellement un réflexe dans ce pays que les critères politiques sont généralement de différencier « la droite » et « la gauche », suivant les prises de position « progressistes » ou pas. Ce ne sont pas des critères de classe, car « la gauche » inclut des partis bourgeois. En faisant disparaître les barrières de classe, les partisans du front populaire qui font bloc avec la bourgeoisie se constituent en obstacle à une lutte de classe révolutionnaire des ouvriers contre la bourgeoisie.
Donc le 14 avril on avait l’embryon d’une nouvelle alliance de collaboration de classes entre des représentants de la bourgeoisie et l’essentiel des partis et organisations politiques ouvrières réformistes : PS, PCF et LCR (à l’exception notable de LO : voir notre article page 3). C’est traditionnellement sous cette forme que les réformistes dans ce pays commettent leurs trahisons : ils forment une alliance politique avec des capitalistes.
Ces derniers, d’un côté, leur servent de garantie vis-à-vis de la bourgeoisie qu’ils n’ont aucune intention de s’en prendre au système capitaliste lui-même, quelle que soit la pression des masses. Pour la bourgeoisie il est clair depuis des dizaines d’années qu’elle ne risque rien de ce côté-ci avec le PS et le PCF (et d’autant plus pour celui-ci depuis la chute de l’URSS il y a 13 ans), même sans partenaires bourgeois pour les encadrer, mais en ce qui concerne la LCR, deux garanties valent mieux qu’une.
Pourtant la LCR est elle-même équipée d’un programme qui accepte totalement le cadre du capitalisme. Toute sa campagne du référendum portait sur une Europe « sociale et démocratique », c’est-à-dire capitaliste à gouvernement social-démocrate. Sa « politique anticapitaliste » est un maigre calendrier de réformes (voir les « 10 mesures d’urgence » publiées dans Rouge, 7 avril) bien à droite des « 101 propositions » de Mitterrand dans les années 1970, quand celui-ci parlait mensongèrement de « rupture avec le capitalisme ». La LCR a formellement renoncé en 2003 à la dictature du prolétariat, qui est l’arme de la classe ouvrière parvenue au pouvoir pour écraser la résistance des capitalistes détrônés. Au lieu de cela la LCR se gargarise de « démocratie participative », comme dans la ville brésilienne de Porto Alegre où ses camarades ont tenu la mairie (avant de la rendre à la droite), autorisant des assemblées de quartiers à s’étriper sur comment se partager quelques pour cent du budget municipal sans toucher aux flics, etc.
Un certain nombre de militants de la LCR sont convaincus que la LCR refuserait de prendre part à un gouvernement capitaliste en France avec Hollande ou même Fabius. Mais l’exemple du Brésil devrait leur donner à réfléchir. Cela fait deux ans et demi que Miguel Rossetto, un de leurs dirigeants brésiliens, est ministre du Développement agraire dans le gouvernement de Lula, et ils ont littéralement des dizaines d’autres militants à eux dans les échelons supérieurs de l’appareil d’Etat capitaliste brésilien (voir Inprecor, avril). C’est un magnat du textile et un politicien bourgeois ultra-réactionnaire, José Alencar, que Lula avait choisi comme vice-président pour sa campagne électorale. On voit le résultat de toute la politique de front-populisme au bout de deux ans, notamment avec le démantèlement du droit à la retraite.
Quant au rôle de Rossetto, le « développement agraire » s’est soldé par moins de distributions de terres que sous les gouvernements de droite précédents. Rossetto ne défend les occupations de terres que si elles sont reconnues comme « légales » par l’appareil d’Etat à la solde des latifundistes. Le 17 mai les flics attaquaient brutalement la marche des paysans sans terre sur Brasilia ; des dizaines de personnes étaient blessées. D’après l’Humanité (19 mai) c’est Rossetto lui-même qui a été envoyé pour démentir les affirmations du Mouvement des sans-terre selon lesquelles Lula aurait débloqué quelques fonds pour la réforme agraire. Les attaques anti-ouvrières de Lula, applaudies par le FMI, sont si brutales qu’une partie des camarades brésiliens de la LCR s’oriente maintenant vers une nouvelle formation, le P-SOL, indépendante du PT mais dont la politique de collaboration de classes ne représente aucune rupture fondamentale avec celle du PT (voir notre article paru dans le Bolchévik, mars).
Le prétexte qu’ont utilisé les camarades brésiliens de la LCR pour placer Rossetto a été de dire : comme on est obligés de faire une alliance large pour avoir une majorité, il faut se plier aux limites dictées par nos alliés bourgeois, la clé étant d’être le plus fort possible pour faire le plus de pression possible pour déplacer légèrement vers la gauche le centre de gravité du gouvernement. On voit là comment dans un front populaire les représentants directs de la classe capitaliste servent aussi de couverture aux réformistes vis-à-vis de leur propre base.
Buffet et Besancenot essaient de faire oublier les années Jospin… et Fabius
Il y a eu en France un regain de combativité des travailleurs depuis plusieurs mois ; on a pu le voir avec les journées d’action dans le privé et le public entre janvier et mars, la grande manifestation de Bruxelles le 19 mars, les grèves victorieuses à Citroën-Aulnay en mars, dans les raffineries Total en mai, etc. La divergence qu’ont Mélenchon et Fabius avec Hollande et Jospin, c’est que les premiers envisagent un nouveau front populaire pour utiliser l’influence qu’a encore le PCF parmi les travailleurs combatifs, et l’image de la LCR, alors que l’aile Hollande-Jospin du PS pense, à la lumière encore des résultats électoraux de 2004, que le PS est suffisamment hégémonique à gauche et les ouvriers suffisamment démoralisés pour le laisser gouverner seul ou avec les Verts (et/ou les cathos de Bayrou) et sans faire de concessions verbales aux travailleurs.
Le PCF et la LCR ont le problème suivant : beaucoup de travailleurs ont gardé un souvenir cuisant des cinq années de gouvernement Jospin-Buffet, où les attaques n’ont fait que pleuvoir : flexibilité des heures de travail imposée avec les lois Aubry, privatisation de France Telecom, d’Air France, campagnes sécuritaires racistes, Vigipirate renforcé, etc.
On va nous dire que Buffet, qui était seulement ministre de la Jeunesse et des Sports, porte moins de responsabilités que Gayssot qui, en tant que ministre PCF des Transports, avait mis sur les rails la privatisation d’Air France et amorcé le plan fret qui conduit à terme assez rapproché maintenant à la privatisation de l’activité fret de la SNCF. C’est nier ce que veut dire la solidarité gouvernementale ; Buffet a assumé tous les crimes de son gouvernement ; elle y est restée quand Jospin a fait bombarder la Serbie en 1999, de même que Charles Tillon du PCF était resté au gouvernement quand de Gaulle avait balancé l’aviation pour bombarder les villages kabyles en mai 1945. Buffet n’a pas non plus bougé quand Jospin a fait blanchir les crimes de l’impérialisme français au moyen d’une commission d’enquête parlementaire, la commission Quilès, à propos du génocide du Rwanda commis grâce à Mitterrand.
Cela fait maintenant un an que le PCF se creuse la tête sur comment faire passer son nouveau front populaire comme quelque chose de moins mauvais que les années Jospin. Dans notre supplément d’avril 2004 nous citions un éditorial de l’Humanité hebdo (3-4 avril) qui disait la chose suivante :
« Renouer le fil entre les déçus désillusionnés et une gauche plus ou moins cadenassée par un Parti socialiste sûr de son hégémonie et incapable de remettre en cause ses cadres idéologiques plus marqués par la “loi du marché” que par la transformation du “monde marchand”, précisément, n’est donc pas une mince affaire. Défi de taille en vérité, qui concerne aussi tous les communistes, engagés dans une reconquête passionnante – mais difficile – des territoires populaires. »
La campagne sur le référendum apparaît dans cette optique comme utile pour redorer le blason de la « gauche du PS » (les tenants du « non », qui dans l’ensemble ne sont pas plus à gauche que les autres), et par là crédibiliser une nouvelle alliance avec le PS.
On a aussi le « petit facteur » Besancenot avec sa fausse candeur qui cherche à apporter un peu de fraîcheur au char nauséabond de Mélenchon-Fabius-Chevènement. Il faut souligner le cynisme des dirigeants de la LCR pour réhabiliter Fabius. Christian Picquet a carrément déclaré au Monde (voir leur édition du 22-23 mai) : « Il n’y a aucun obstacle à ce qu’il vienne. »
Fabius a bien besoin de toute cette mansuétude : vingt ans plus tard il est encore détesté pour ses attaques quand il était Premier ministre de Mitterrand entre 1984 et 1986 et appliquait le « tournant de la rigueur » contre les ouvriers (et plus récemment il était ministre sous Jospin et s’était prononcé pour la privatisation d’EDF). L’affaire du sang contaminé qui a tué des milliers de personnes, c’était sous Fabius – bien sûr l’(In)justice française l’a blanchi dans cette affaire. C’est avec Fabius comme Premier ministre que la DGSE avait coulé le Rainbow Warrior de Greenpeace pour protéger les essais nucléaires français. C’est encore sous Fabius qu’Eloi Machoro, dirigeant indépendantiste kanak, avait été exécuté de sang-froid par un commando du GIGN. Les deux ans de gouvernement raciste de Fabius ont aussi amené les premières victoires électorales des fascistes du Front national.
Le front populaire et le racisme
Le véritable programme du prochain front populaire sur l’immigration est en cours d’élaboration au PS, et c’est Malek Boutih, ex-dirigeant de SOS-Racisme, qui l’a rédigé. Il y a là-dedans tout ce dont rêve Sarkozy et même plus, y compris les quotas par pays, l’abrogation du regroupement familial, l’interdiction de la double nationalité, la prestation de serment au respect des lois de la République, etc. (le Figaro Magazine, 13 mai). L’hebdomadaire fasciste National Hebdo en a félicité Boutih ! Donc, même si le PS n’a pas endossé officiellement le rapport Boutih pour le moment, ça promet pour un éventuel gouvernement de front populaire avec le PS.
Un gouvernement de front populaire est inévitablement raciste car il s’agit d’administrer le capitalisme, pour lequel le racisme est essentiel afin de chercher à diviser la classe ouvrière. Ce n’est pas un hasard si, dès qu’il y a un renouveau des luttes sociales, on se retrouve avec une nouvelle campagne raciste : c’est que la classe ouvrière dans ce pays est depuis plus de cent ans multiethnique. Dans les années 1980 il y a eu de grandes grèves de l’automobile où c’était des travailleurs d’origine nord-africaine qui se sont retrouvés à l’avant-garde. A l’époque le Premier ministre social-démocrate Mauroy (qui précédait Fabius) déclarait que les ouvriers étaient manipulés par les ayatollahs.
Prenons les années Jospin, entre 1997 et 2002 : Chevènement, ministre des flics, faisait adopter des mesures de répression contre les organisations d’aide aux sans-papiers, et les flics tuaient d’une balle dans la nuque Riad Hamlaoui le 16 avril 2000, pour ne citer qu’une seule des victimes des flics sous Jospin. Jospin s’est vanté d’avoir réactivé au maximum le plan de quadrillage raciste Vigipirate dans les 90 minutes qui avaient suivi les attentats criminels du World Trade Center.
Le front populaire a pour fonction de faire dérailler les luttes de classe vers la collaboration de classes, ce qui passe inévitablement par l’utilisation de la carte du racisme. Les ouvriers immigrés de l’automobile qui avaient fait les grandes grèves des années 1980 ont été pour la plupart licenciés ou sont partis à la retraite, mais maintenant ce sont les enfants de ces travailleurs qui entrent en lutte, et contre eux aussi le racisme sera utilisé. En mars dernier à Citroën-Aulnay des jeunes issus des cités-ghettos ont été à l’origine de la première grève sérieuse de l’automobile depuis plus de dix ans. Sans parler des centaines de milliers de jeunes travailleurs d’origine africaine ou autre qui ont la nationalité française, le poids des travailleurs étrangers reste stratégique dans le bâtiment (200 000 travailleurs, soit un actif sur six sans compter les sans-papiers non comptabilisés), dans l’industrie (200 000 aussi) et dans les services aux entreprises, comme par exemple le nettoyage, qui sont indispensables pour le fonctionnement des installations (plus de 200 000) [chiffres publiés dans « Immigration et présence étrangère en 2002 » par André Lebon]. C’est pourquoi la lutte contre le racisme est une question pivot dans la lutte pour une révolution socialiste dans ce pays.
D’ores et déjà on peut voir que le nouveau front populaire aura une politique tout aussi raciste que celle de ses prédécesseurs. Le PS et le PCF ont déjà donné à la bourgeoisie de nombreuses garanties là-dessus. Une figure proéminente du PS, Bernard Kouchner, est allée jusqu’à soutenir la pétition contre le soi-disant « racisme anti-Blancs » visant après les manifestations lycéennes du 10 mars dernier à présenter les victimes de la brutalité raciste française des flics comme les coupables. Tous les jours les mairies et conseils généraux contrôlés par le PS et le PCF commettent des atrocités racistes, par exemple les expulsions de Roms par le PC à Saint-Denis. A Montreuil dans le 9-3, Brard, le maire apparenté PCF, poursuit une vendetta spéciale contre une secte protestante dont les membres sont pour la plupart des Noirs. Sur la question des exclusions racistes de jeunes femmes portant un foulard islamique, le PS a été en pointe (avec une contribution toute particulière de LO : voir notre article en page 3), que ce soit d’ailleurs le PS du « oui » (Jack Lang) ou le PS du « non » (Fabius) ; le maire de Paris Delanoë a y compris licencié une jeune employée portant un foulard islamique.
Evidemment cela ne va pas sans contradictions, parce que le PCF reste un parti de masse dont beaucoup de membres à la base cherchent à aider les sans-papiers, et veulent combattre les attaques racistes croissantes. Le PCF a fait un bon score l’année dernière aux élections régionales dans le 9-3 en mettant en tête de liste Mouloud Aounit, un militant antiraciste très connu d’origine algérienne. La première chose qu’a faite le PS a été d’émettre un veto à la nomination d’Aounit comme tête de liste lors de la fusion des listes au deuxième tour, tout comme à sa nomination après les élections à un poste de vice-président du Conseil régional d’Ile-de-France. Comme nous l’écrivions à l’époque (voir notre supplément, avril 2004) : « Ces vetos racistes du PS en disent cependant plus long sur le PS que sur l’antiracisme du PCF, qui pas un instant n’a songé à rompre avec le PS là-dessus. »
Donc maintenant le PCF recommence les parrainages de sans-papiers comme avant l’élection de Jospin. Le PCF réclame même le droit de vote pour tous les immigrés et pour toutes les élections. Ca fait bien sur le papier mais, quand ils étaient au gouvernement, une loi sur le droit de vote aux municipales, dûment votée au Parlement, avait été bloquée par le gouvernement qui avait refusé de l’inscrire à l’ordre du jour du Sénat.
Nous présentons une perspective prolétarienne de lutte contre la terreur raciste, que ce soit celle du gouvernement Chirac ou celle du prochain gouvernement de front populaire. Nous disons : pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés ! Nous nous opposons à Vigipirate. Nous luttons pour syndiquer les intérimaires, CDD et temps partiels qui sont en grande partie d’origine immigrée et/ou des femmes et qui, du fait de leur oppression et de leur précarité, sont particulièrement vulnérables ; pour les intégrer dans la lutte le mouvement ouvrier doit revendiquer des emplois au statut égal pour tous, et à plein temps pour tous ceux qui le demandent.
Pour défendre ses acquis la classe ouvrière a besoin d’un programme de lutte de classe internationaliste, une alliance avec les travailleurs d’Amérique, de Pologne et d’ailleurs. Un tel programme exige des directions lutte de classe dans les syndicats. Il exige de rompre avec le front populaire autour du PS et ses larbins de la LCR et du PCF. Il exige un parti ouvrier révolutionnaire multiethnique. C’est ce parti que nous cherchons à construire. Rejoignez-nous !
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/172/referendum.html
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